Lundi 24 octobre

Parmi les mails que je reçois – j’adore recevoir des mails, c’est comme recevoir du courrier sans risquer de descendre à la boîte aux lettres de croiser le satire du 7ème qui couvre tous les hommes de moins de cinquante ans d’un regard torve et libidineux – nombreux sont les lecteurs qui s’étonnent que je ne mentionne pas plus souvent les rôles moins connus du collège. Les élèves, CPE, surveillants et profs sont souvent sur le devant de la scène, mais nombreux sont les autres. Ceux qui travaillent plus en retrait mais sans qui le bahut ne serait qu’une annexe de l’enfer (avec moins de budget pour les effets spéciaux).

Et avant tout, gloire à la figure de proue de ton établissement, le premier rempart : la personne de l’accueil. “La dame de la loge” (qui est parfois aussi un monsieur), à qui revient la lourde tâche, en ces temps pas forcément rigolos, d’accueillir les visiteurs, et d’identifier d’un coup d’œil s’il s’agit d’un prof grincheux – auquel cas elle déclenchera le plan d’urgence “sourire-chaleureux-la-vie-est-belle-youpi-youpi”, d’un parent d’élève furibard, qu’elle devra calmer par ses talents diplomatiques, ou d’un officiel, ce qui lui permettra de mettre en pratique sa pose “digne mais détendue”. L’agent(e) d’accueil, c’est un mélange entre le Cerbère mythologique et la Gardienne des Clés dans Thorgal (avec un peu plus de vêtements quand même). Et si pas mal de mes journées se passent aussi bien, c’est avant tout grâce au sourire de R., qui est la première chose que je vois en entrant à Ylisse.

Difficile également de faire l’impasse sur l’infirmière scolaire – j’attends encore le jour où je rencontrerai un infirmier solaire – dont les talents pour le triage rendraient envieux l’ensemble du casting d’Urgences. L’infirmière scolaire passe son temps à voir passer des gastro-entériteux, des mômes qui n’ont pas spécialement envie de faire le devoir de maths, des gamins qui ne savent pas à qui parler de moments pas spécialement drôles de leur vie et j’en passe. Quand elle ne sont pas en intervention dans une classe pour évoquer des sujets qui, si un prof les traitait, déclencheraient la cohue.
Et puis bon, tu ne sais pas à quel point une infirmière est un atout précieux tant qu’elle ne t’a pas permis de te reposer dans le lit de son local pendant l’une de tes heures de trou, parce que oui OUI tu as accepté ce troisième ti punch un soir de semaine et que tu n’aurais vraiment pas dû.

Dans la famille sacerdoce, le rôle des agents d’entretien est également pas piqué des hannetons. L’agent d’entretien a un pouvoir insoupçonné et, si tu es prof, je te conseille de ne pas l’oublier. Parce que l’agent d’entretien sera celui qui passera derrière toi après les cours et, pour peu que vos relations soient bonnes, mettra dans le tiroir du bureau la clé USB / les lunettes / le cahier que tu auras oublié (ces exemples sont évidemment fictionnels et je me demande même comment j’ai pu les inventer. Ah ah ah.)
Par contre, ce sera aussi celui qui disposera de pas mal de moyens de pression pour te rappeler que ta salle doit être un minimum entretenue en écrivant en rouge sur le tableau MERCI DE FAIRE METTRE LES CHAISES SUR LES TABLES (petit gougnafier) quand tu l’oublies, portant ainsi un high kick à ton autorité.
Et c’est de bonne guerre. Parce que l’agent d’entretien, ce sera aussi celui qui viendra nettoyer le vomi de N. en trois secondes sept dixièmes chrono après avoir fini le ménage dans quarante salles, et avec le sourire. Donc oui. Mets les chaises sur les tables.

Ils sont encore nombreux, ceux qui travaillent en coulisse et mériteront d’autres billets. Et qu’ils soient mille fois remerciés, de maintenir cette scène délirante qu’est un établissement scolaire en place.

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