Mardi 22 novembre

Énorme sentiment d’inutilité.

Deux heures avec les 3èmes Dalek. Deux heures poussives, à tenter de lancer des activités, à lancer des passerelles entre des textes et eux. Et cette soudaine prise de conscience : depuis deux semaines, je tourne à vide avec eux. Je ne parviens absolument plus à me connecter, nous jouons tous des rôles fantômes. Impression confirmée par C. dont je prends le carnet de correspondance :

“Mais je fais rien !
– C’est ce que je vous reproche.”

Indignation.

“Ah ouais genre je fais pas de bêtises, je fais rien, et on me fait encore des reproches !”

Les bras m’en tombent. Et puis un verrou saute. J’ouvre les bras au centre de la classe.

“Mais qu’est-ce que vous devez vous faire chier !”

Les plus blasés ouvrent des yeux ronds. Monsieur Samovar qui commet des écarts de langage, ça arrive une fois tous les trente-six du mois.

“Sans rire. Je passe mon temps à parler pour compenser votre inactivité, je vous donne trois mille occasions de vous exprimer, de contester et vous n’en faites rien. Ces deux heures doivent vous paraître interminables !
– Vous vous en rendez compte ?”

Mes bras étant déjà au sol, c’est ma mâchoire qui gagne le lino. Les mômes de 3ème Dalek ont tranquillement intégré l’ennui dans leur carapace dédaigneuse, tout en refusant la perspective de l’après-collège : leur orientation ne semble pas les concerner le moins du monde.

Je sors au trente-sixième dessus, après leur avoir promis que oui, le travail qu’ils font là sera évalué. Je tente de me raccrocher à un esquif en me disant que ce n’est pas moi, que toutes les troisièmes sont chiantes en ce moment. T. vient me trouver et m’annonce joyeusement que ses deux fois deux heures de Troisièmes se sont idéalement passées.

Rideau. 

Inutile. 

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