
Avec Monsieur Vivi, M. et F., nous achevons la deuxième des trois formations du projet Voix en Scène, durant laquelle nous avons encore chanté, dansé, mis en scène et vécu tout un tas de situations compromettantes, sous la houlette de Didier Grojsman, le pape du chant chorale.
Point d’orgue du stage, nous assistons à un cours qu’il donne à ses élèves ados. Deux heures pendant lesquelles les mômes se donnent à fond. Bossent comme des fous, sur chaque proposition de leur prof. Et une fois qu’ils ont fini, une fois qu’ils ont mis en scène une chorégraphie extraordinaire en moins de trente minutes.
“Merci, bisous, au revoir.”
Et c’est tout. Ni effusion, ni élèves restant au bureau pour demander un peu plus d’attention.
Me tourne brutalement en tête une sarabande de paroles d’élèves d’Ylisse : “Ce prof là je travaille pas à son cours, il m’aime pas. – Monsieur vous êtes trop méchant on va plus vous aimer si ça continue. – Vous nous aimez bien, quand même ?”
Dans cette salle à l’ambiance joyeuse et studieuse, il n’est pas une seule fois question d’affection. Mais de confiance absolue et de respect infini.
La théorie qui me tourne sous la cervelle depuis des semaines et qui avait du mal à trouver une voix finit par apparaître : “Si tes élèves te demandent de l’affection, c’est peut-être qu’il y a une déficience ailleurs.”
Les gosses devant nous ne demandent pas d’affection parce que dehors, des parents les attendent, pour les ramener chez eux, pour leur demander comment s’est passée la journée, pour s’intéresser à leurs progrès.
Et ce n’est pas le cas pour tout le monde à Ylisse.
Comme il sera chouette mon travail, le jour où je n’éprouverai aucun pincement au coeur à refuser de l’affection à mes élèves.