
Le 1er janvier, j’ai pris comme bonne résolution de ne pas arriver au collège à 9h quand je commence les cours à 14h.
Il est 8h, je commence les cours à 14h et je suis dans la cours en train de discuter avec la maman de C., la fameuse élève qui s’est cassé les deux poignets au ski et a insisté pour que nous nous voyions. Extrait choisi :
“Bon, donc pour le problème des devoirs, c’est réglé… autre chose ?
– Euh oui. Les toilettes.
– Je. Pardon ?
– Ben oui, avec son plâtre et son attelle, ma fille elle ne peut pas baisser son pantalon. On fait comment ?”
Soixante-quatorze images mentales toutes aussi dérangeantes les unes que les autres me viennent aussitôt à l’esprit, tandis que je dois rouler des yeux un peu affolés, parce que la maman intervient assez rapidement :
“Je me disais qu’une de ses copines…
– Oui, alors, là madame je reviens de vacances où ma préoccupation majeure consistait à savoir si je faisais ou non le donjon bonus de Tales of Berseria et là, à froid, vous abordez des questions importantes d’hygiène intime avec option handicap. Je vous propose donc de me décharger de cette épineuse question sur l’infirmière scolaire et je vous en reparle, hein !”
La période commence bien.
Après ledit passage par l’infirmerie, je profite des heures qui s’étendent devant moi pour claquer la bises aux collègues, entre L., radieuse en pleine préparation de bébé, M. revenu de vacances avec trois milliards et demi de projets pour les 6ème Glee, F., en plein questionnement sur les compétences en langue des mômes… Ça fait un petit chaud au coeur de les revoir, en crescendo, et d’apercevoir aussi…
“MOOOOOONSIIIIIIIEEEEEEEEEUR !”
Ééééévidemment.
S. qui ne pouvait plus me voir en peinture avant les vacances se précipite vers moi et commence à m’entretenir sur ses congés, et le travail qu’elle a préparé en français. Je manque de lui rappeler qu’elle m’avait limite traité de geôlier sataniste nazi trois semaines plus tôt, puis je me dis qu’on ne va pas gâcher l’enthousiasme de nos jeunes avec ce genre de détails futiles.
Mais bien entendu, ce bonheur béat ne peut pas durer, et il ne faut que quelques heures pour qu’on me signale que trois des élèves de 6e Glee ont été chopé en frapper joyeusement un de leurs camarades. “Pour jouer”, bien entendu.
Il est donc 12h, je n’ai pas donné une minute de cours, et je suis en train de virer trois élèves pour trois jours. Joli record. Pendant que je hurle à plein poumons que je suis déçu, qu’on leur donne toutes les chances et qu’ils se torchent avec – pas en ces termes, c’est la rentrée, je domine encore mes nerfs – un intéressant phénomène de décorporation s’effectue. Pour la première fois de ma carrière, je suis capable de hurler tout en pensant à autre chose, en l’occurence pourquoi, foutreciel, j’ai dans la tête, Come sail away, (entendue une seule fois dans Glee, il y a plus d’un an). J’ai pourtant dans la poitrine tous les trémolos qui fonctionne et les montées convaincantes. Mais je me trouve à l’extérieur. Comme si ma capacité d’agacement avait décidé, en ce mois de février, de faire preuve de retard à l’allumage.
À côté de ça, les cours ont l’allure d’une tranquille promenade de santé, avec des 6ème A(dorables), des 3èmes Daleks ravis de prendre en note une correction de brevet que je leur avais promise comme une récompense, et des latinistes ravis de connaître la vraie histoire de l’Empereur Commode (”Monsieur, c’est grave si j’aime quand même bien Gladiator ?”)
Retour maison. Et la familière lourdeur aux jambes de l’atterrissage.