
Hier, brinquebalade dans un vieux RER D, accompagné de deux collègues de français.
À ma gauche, B. : B. est un universitaire dans toute sa splendeur, plongé dans sa thèse et participant à des colloques pointus et passionnants. Avec en bonus un humour ravageur et un recul incroyable sur la profession.
À ma droite, V., qui bosse depuis son début de carrière sur des projets de classes inversées pertinentes et exigeantes (et non pas l’habituelle soupe “les-profs-sont-de-gros-fachos-qui-volent-leurs-ambitions-aux-élèves-mais-moi-je-vais-vous-montrer-comment-faut-faire”), et réfléchit à monter des atelier d’écritures pour adultes.
Ils ne sont pas une exception à Ylisse. La salle des profs est bourrée de gens plein de talents, de projets et d’ambitions. C’est grisant et un peu intimidant aussi.
Et pourtant.
Pourtant, ces talents-là peinent à s’exprimer. Parce qu’il faut se faire une place, à Ylisse, parce que “la première année, les mômes ils te testent” (je me déteste quand je dis ça, je déteste la théorie du mal nécessaire), parce que le programme, les compétences, parce que l’Éducation Nationale est un milieu terriblement compliqué, mouvant et polymorphe.
Permettre aux mômes de s’exprimer dans leur individualité est un combat essentiel, nécessaire. Mais qui, à mon sens, ne pourra avoir de sens que quand on fera de même pour les profs, dans leur formation et leur suivi de carrière.