
Nous sommes un samedi. Nous sommes un samedi matin. Nous sommes un samedi matin TÔT.
Et je suis à Ylisse.
Non pas que j’ai été enfermé sur les lieux par un élève facétieux. Je fais partie de l’un des jurys qui choisi les élèves de la 6ème Glee de l’année prochaine. Pendant une matinée, recevoir des petits CM2 tout apeurés, et leur parler. Leur demander si la musique ils aiment ça, regarder dans leur dossier s’ils ne risquent pas de trébucher, à travailler cinq heures de plus que dans les autres classes, à les interroger sur leur envie de tout partager, de bosser sans arrêt en groupe.
Monsieur Vivi me remercie de participer à la sélection. Ce n’est pas vraiment nécessaire. Je profite de ce que j’aime le plus dans ce travail : un autre mode de relations humaines. Parce que je parle à des CM2 et que je ne l’ai jamais fait. Parce que je peux enfin discuter longuement avec I., mon alter ego du conservatoire d’Ylisse ; et je me rends compte que mon année aurait été tellement plus simple si je l’avais fait avant. Parce qu’on peut travailler avec Cheffe sur un projet concret, sans les tensions qui lestent actuellement nos rapports, du fait de l’ambiance au collège.
Je ne suis pas un stakhanoviste, mais cette matinée me confirme, une fois encore, que l’on ne peut être heureux, être vraiment heureux dans ce boulot qu’en en explorant d’autres facettes que celles que le quotidien vient à ternir. Qu’il faut sans cesse tenir ce grand écart, cette exigence, tant dans sa vie personnelle que dans sa vie privée. C’est un beau défi. Épuisant. Qui ne devrait être réservé qu’à des gens encore bourrés d’énergie, ou qui parviennent à la conserver.
Je rentre fourbu chez moi. Week-end gagné de haute lutte. Et d’autant plus beau.