
Cours avec la troisième A(pocalypse). Dernière heure du vendredi après-midi, et ils arrivent d’une heure de permanence. Autant dire la recette pour un désastre, d’autant que T. étant en formation, je suis seul face à cette classe de mômes pour la plupart paumés.
Sauf qu’il y a la dernière scène d’Antigone. Comme ils ont du mal à comprendre, ils passent énormément de temps à lire la tirade du messager, qui raconte la mort des deux amoureux, devant le père, au fond du tombeau. Et pour une fois, à l’unisson, les mots leurs passent aux tempes. Grâce à E. : “En fait monsieur, cette scène c’est mieux de la raconter que de la montrer, parce que chacun a sa vision du plus triste.”
Et chaque troisième A(pocalypse) voit le plus triste. Son plus triste. Ce pourrait être glauque, ça ne l’est pas. Parce que les mots remplissent leurs fonctions premières : ils évoquent et protègent. Ils comprennent, tous, la fin tragique, la fin pour rien, parce qu’ils l’ont tous vécu à leur manière, le tragique, le pour rien. Pendant quelques minutes, j’ai une vraie classe de fin de troisième. Un groupe dans lequel chacun sait que la partie est jouée, que les enjeux de pouvoir n’ont plus de sens. Et que, comme on est en français, on peut passer les dernières heures à se lover dans le pouvoir des mots.