Lundi 4 septembre

Les voici.

De retour, le front haut et la capuche sur la tête.

Les élèves.

Dans un élan de compassion, Cheffe a gentiment oublié l’idée de rentrée en musique, ce qui a épargné pas mal d’ulcères à Monsieur Vivi. Toutefois, afin de sacrifier aux exigences ministérielles, Cheffe adjointe fait résonner dans tout le bahut le concerto pour hautbois et cordes en ré mineur de Vivaldi.

C’est donc sur une musique qui retentit entre ces murs comme un concert de chant grégorien au Macumba bar-discothèque que s’égrènent les premiers mômes.
Aujourd’hui, ma journée est plutôt simple. Je dois me présenter avec le reste des équipes auprès de mes deux classes de troisièmes.

La première semble tout ce qu’il y a de plus classiques, les mômes nous observent d’un oeil méfiant. J’ai un peu l’impression d’être une candidate à un concours de Miss France (mais sans les cheveux) jaugé par vingt-quatre Geneviève de Fontenay du 91. Présentation en 14 secondes histoire de ne pas rajouter encore des renseignements à l’avalanche de consignes qu’ils ont déjà subies et surtout de ne pas bafouiller, comme à mon habitude, le premier jour. 

Les choses se corsent à la deuxième. Malkouth, la prof de maths la plus respectée du bahut, est déjà en train de les engueuler quant à leur attitude quand nous entrons. Instinct de prof aguerri – oui, à Ylisse je suis un vétéran – je ressens dans ma gorge le noeud que j’éprouve après une mauvaise heure avec des mômes ; le potentiel bordélique de cette classe est quasi palpable, entre les demi-sourires déjà esquissés, les quelques questions posées sans lever la main, les attitudes plus que nonchalantes.

J’efface les premiers jugements de mon esprit. Je refuse de croire aux premières impressions. Mais quelque chose me dit que les 3èmes Daleks de l’année précédente vont avoir de la concurrence…

L’après-midi est consacrée à des réunions de préparation de l’année. Comme les nouveaux élèves, les collègues fraîchement arrivés sont bombardés d’informations. Je ne les sens plus vraiment, je les filtre, ma peau de prof est devenue calleuse. À un moment, l’un des néo-tits se redresse, déglutit, comme s’il rassemblait tout son courage, tout ce qu’il a de dur, d’extérieur à lui-même, pour supporter ces renseignements dont on nous abreuve à n’en plus finir. 
C’est violent. Ylisse est violent et on l’oublie trop vite. 
Et c’est l’un de mes adages : pas de mômes heureux sans collègues bien dans leurs baskets. 
Va falloir trouver de nouveaux stocks de blagues débiles. 

Retour en RER avec T. On est voisins désormais. On trinque aux aventures qui nous attendent.

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