
Le grand retour à l’ordre. Fin des réunions, de l’intégration, fin de l’atermoiement, il faut désormais enseigner. Et j’accueille ce “vrai” début avec autant de joie que d’appréhension.
Rencontre avec la 5ème Navy. Ils ne sont que vingt. Vingt cinquièmes avec tout ce que ça représente. La cinquième, c’est souvent la classe du grand délitement. Livrés d’un coup à eux-mêmes, beaucoup moins cadrés, les mômes perdent. Repères, raisons de bosser, et surtout bonheur de venir. Il y a une sorte de hideur qui souvent s’installe en cinquième, cette classe dans laquelle il est difficile de savoir où l’on va. J’aimerais contribuer à en protéger les élèves cette année. En leur donnant des projets, des envies, et de la rigueur, beaucoup de rigueur.
Des cinquièmes heureux, ce sont les Glee, qui continuent leur numéro de charme. Spike me sort son immense sourire, Delphine et Solange houspillent les élèves qui ne travaillent pas en groupe mixte, Homéron, en tant qu’excellent élève, aide ses camarades avec discrétion. Comme s’ils avaient saisi toutes les valeurs que j’apprécie souverainement et qu’ils me les offraient. Je refuse de me montrer totalement heureux. Je me souviens de leurs bavardages l’année dernière avec Marie-Antoinette, de leur insolence parfois avec Anya. Peut-être ne sont -ils que dans la séduction.
“Ils veulent te faire plaisir, me rassure T. C’est bien pour des cinquièmes, c’est même ce qu’on peut souhaiter de mieux.”
Deux heure de Troisième Max. Janice refuse d’enlever son manteau, dit qu’elle ne bossera pas de toutes façons. Petit sourire horripilant. Je hausse les épaules.
“Tant pis hein. Par contre, comme je ne peux pas vous faire travailler, je vais en parler avec maman pour voir si…
– Non, non je travaille !”
En troisième, le mot maman fonctionne toujours.
Mais à vrai dire ces troisièmes là sont aussi un peu des troisièmes. Immatures, empêtrés des laideurs puériles qui poussent à faire du mal médiocrement, pour exister.
J’ai la prétention de croire qu’un enseignement précis, humain, exigeant, peut aussi les sortir de là.
En deuxième heure, rédaction sur Lovecraft, je les aide à repérer toutes leurs erreurs, je ne tolère pas une lourdeur.
“Il est beau, mon texte, conclut Clara à la sonnerie.”
Beaucoup d’espoir.
Le soir, je vais voir une fée chanter, noyée dans un océan de flammes et d’étoiles. Donner du beau, l’essentielle mission de ceux qui ont un public, jeune ou vieux.