Lundi 28 mai

Journée étouffante.

Sous un soleil de plomb, nous amenons, puis ramenons les élèves de 6ème, 5ème et 4ème Glee dans la salle de spectacle qui va les voir se produire demain. Deux accompagnateurs pour soixante-quinze élèves, la dernière fois où j’ai été aussi à l’aise est quand j’ai été contrôlé par les flics avec ma carte de cantine pour seule pièce d’identité.

Glee miracle, tout se passe à merveille, les quatrièmes – les plus grands – prenant les petits sous leur aile.

Bien entendu comme toujours à Ylisse, rien n’est simple, et nous nous pointons, la guoule enfarinée devant des techniciens à qui on a expliqué que nous arrivions cet après-midi. Les élèves se retrouvent donc à répéter sur une moitié de scène et a capella, parce que les branchements ne sont pas terminés. Ils y vont malgré tout de tout leur cœur. Répétition un peu cata, juste assez pour valider l’adage qui veut que plus une répétition est toute pourrie, meilleur est le spectacle. 

A force de courir partout, je me retrouve en nage à même pas 9h du mat’ et visiblement, la large tache de transpiration sur mon T-shirt amuse beaucoup les élèves. Envolée indignée de Tir :

“C’est pas drôle ! Vous avez pas vu tout ce qu’il a fait, moi je suis là depuis 7h30 ce matin (c’est vrai) et je l’ai vu porter des instruments, téléphoner, organiser, pour qu’on puisse arriver tranquille, alors hein…“

Je croise les yeux de ce môme tellement compliqué. Depuis quelques jours, la seule réponse que je me sente capable de donner à ce gamin épris de reconnaissance mais également de rigueur, c’est uniquement ce regard appuyé. “Je vois ce que tu fais.” Et il semble aimer.

Au moment de repartir, le régisseur de la salle, une sorte de grande marmule m’apostrophe :

“Je garde les petits, là, ils font du bon boulot ! Je veux leur montrer les ficelles du métier cet après-midi.“

Il désigne les deux gamins qui seront chargés, pendant le spectacle, des lumières, qui sourient jusqu’aux oreilles.

“Bon après, ils ont dit qu’ils ont école mais bon… tu annules ça toi, pas vrai ?
– Oui alors c’est à dire qu’en fait, ça ne se passe pas comme ça dans la vie…
– Boah allez toi ! Fais quelque chose !”

Sidéré, j’appelle Cheffe pour lui exposer la situation, lui vendant ce semi-kidnapping en mini-stage et elle semble trouver l’idée excellente. Les mini-régisseurs ne se sentent plus de joie.

Autant dire qu’après ça, les deux heures de cours sur La Peste (à ceux qui trouvent ça admirable, de commencer Camus en juin, je précise que c’est parce que les conseils et les programmes sont finis que je fais ça, autant se faire plaisir) et la proposition subordonnée interrogative indirecte se font dans l’euphorie totale.

Plus qu’une journée avant ce petit spectacle de fin d’année, avant la fin de cette course effrénée…

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