Samedi 15 décembre

“Monsieur, c’est quoi, sur votre sac ?”

La gamine qui sort désigne le badge que j’ai accroché à mon sac. Je l’ai gagné dans un gacha à Tokyo. Il représente Futaba, de Persona 5. Ce n’est pas mon personnage préféré, mais c’est Persona 5 et c’est Tokyo.

Il a rejoint le gigantesque sac de grigris et de rituels dont est parsemé mon travail. Je ne m’en étais pas rendu compte avant, mais, avec les années qui avancent, je me suis construit toute une pile de porte-bonheur qui étayent le boulot.

Il y a le fait que je parte toujours de façon à devoir courir dans les escaliers de Gare de Lyon (les escaliers, jamais les escalators), pour attraper le RER. Si j’ai celui qui s’apprêtait à partir, tout ira bien. Sinon, il faudra faire attention à cette journée.

Il y a les morceaux enregistrés sur mon téléphone que je peux écouter même quand il n’y a aucune réception. Jamais plus de douze, quand l’un entre, un autre doit sortir.

Il y a le petit carnet sur lequel je gribouille durant le trajet d’aller. Rédiger un truc. N’importe quoi qui ait du sens. Une micro nouvelle, un vers de poésie.

Il y a la bague gravée de douze chiffres romains que je fais tourner chaque jour. La journée sera placée sous le signe de la lame de tarot qui correspond au nombre que j’ai tiré.

Il y a le badge, donc, que je frotte avant chaque heure de cours. Pour me sentir ici aussi fort qu’au Japon.

Tout un tas de mouvements débiles. De petites rustines, pour, tous les jours, revêtir ce costume délirant d’enseignant.

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