
Une heure de cours en fin d’après-midi, et ce sera enfin rideau sur cette période. Il y a quelque chose dans l’air et ce n’est pas le soleil.
Non.
C’est une sensation agréable, terriblement réconfortante, que j’ai appris à reconnaître, en tant que prof de troisième. Qui finit presque toujours par arriver, tôt ou tard. Souvent très tard.
La trêve.
Les troisièmes Bazoukan, ces élèves bordéliques en diable, défilent à la porte de la salle des profs pour remettre un devoir que je leur avais demandé. Ils ne m’ont jamais rendu un devoir maison sans que j’ai eu à le rappeler, répéter, menacer et devenir tout rouge.
Là, sans s’être concertés, alors qu’ils sont en vacances depuis deux heures, ils arrivent et me tendent des travaux infiniment plus propres, recherchés et délicats qu’à l’accoutumée. Et sans leurs affèteries habituelles “Z’avez vu monsieur, j’ai bien travaillé hein !” “J’espère que j’aurais au moins un 16 !”
C’est la trêve. Ce moment où les troisièmes s’apaisent. Ils ont traversé les eaux les plus agitées de l’adolescence, et la plupart ont expérimenté à peu près toutes les transgressions qu’ils souhaitaient. En fin de compte, ne reste que de jeunes personnes plus spécialement avides de conflits.
Et dont les tourments intérieurs laissent place à une minuscule zone de calme. Sur laquelle on peut, enfin, lancer un pont, une passerelle.
Ces derniers mois sont infiniment précieux. Je souhaiterais que toute l’année soit possible ; c’est biologiquement, intellectuellement et humainement impossible.
Alors autant en profiter, et regarder, petit à petit, les rayons de soleil caresser leurs visages.