Mardi 21 mai

Ce matin, Lyndis dort à poings fermés sur sa table. Je ne l’enguirlanderai ni ne la réveillerai. Lyndis est épuisée ; de l’extérieur et d’elle-même.

Lyndis a beaucoup à faire à la maison : s’occuper des petits frères, des petites sœurs, de l’entretien, quand ses parents ne sont pas là. Lyndis a beaucoup à faire avec elle-même : elle est la meilleure élève de sa classe, mais est persuadée qu’elle n’a pas le niveau pour faire ce qu’elle souhaite l’année prochaine, à savoir aller en seconde générale. (chose qui n’a pas l’air de perturber son voisin de table qui carbure à 4 de moyenne, oublie ses affaires un jour sur deux et m’explique benoîtement que pour aller au lycée général, il suffit d’avoir tous les points au brevet, donc on verra quand on y sera, monsieur).

Lyndis travaille énormément, et tard. Elle ne parvient pas à se convaincre qu’elle a terminé, qu’elle en a assez fait. Tous ses efforts lui semblent tomber dans un trou sans fond. Nos encouragements, ce qu’elle parvient à faire, ses notes, tout lui passe au-dessus : là où elle est immature, c’est dans son incapacité à prendre du recul sur elle-même.

Lyndis s’épuise dans son angoisse. Et dans ce moment d’adolescence où le corps brûle des univers d’énergie pour grandir, j’espère que la fournaise de son angoisse finira par l’épargner.

Lundi 20 mai

Évaluations communes d’Histoire-Géo pour les quatrièmes aujourd’hui : je surveilles quatrièmes Alakhazam.

Et c’est inquiétant : dans les dix premières minutes, six élèves posent leur stylo et mettent la tête dans les mains. Je passe le plus clair de l’heure à aller de l’un à l’autre. Je me retrouve dans cette situation que je déteste : les supplier d’essayer. Je bataille contre des arguments, balancés avec une absence d’intérêt total : “Je n’ai pas révisé.” ; “Je suis fatigué.” ; “C’est pas intéressant.”

Ils sont en quatrième et ont déjà renoncé, lors de cette épreuve qui, ils le savent, s’apparente à celle du brevet. Ils ont renoncé pour multiples raisons. Et je me dis que cette pulsion de vide doit être immense pour préférer, au fait d’écrire, l’ennui de deux heures passées à ne rien faire. Gamin c’était toujours ce qui finissait par me faire essayer aux contrôles, mêmes ceux que je n’avais pas préparés : rester à attendre pendant plus d’un quart d’heure m’était physiquement impossible.

Ils sont en quatrième et baissent les bras. Mes mots sont sans puissance, ce n’est pas maintenant que je peux faire quoi que ce soit. Mais dès demain il va falloir y aller, et souffler sur les braises de l’envie, en espérant qu’elles brillent encore un peu.

Samedi 18 mai

“Monsieur vous êtes gentil, vraiment très très gentil !”

Maria lance sa phrase alors que je passe dans les rangs de la quatrième Bulbizarre. Maria, qui a conservé un accent italien prononcé, mais qui, de quelques mots français balbutiés en septembre, maîtrise presque parfaitement la langue en mai. À tel point que je lui fais les gros yeux quand elle rajoute des “genres” dans ses phrases. Je souris, elle rougit.

“Je veux dire, vraiment. C’est pas un… un insulte. Parce que des fois, on dit gentil et…
– Ouais mais laisse, il sait, hein !”

Trois rangs derrière, Hildegarde commente sur son ton habituel (140 décibels. Et c’est quand elle n’est pas indignée. Ce qui arrive souvent). Après un instant de réflexion, elle reprend :

– “C’est vrai c’est bizarre, hein. Pourquoi “gentil” ça veut presque toujours dire “victime” ?
– Parce que les gens ils profitent, répond Maria. Ils veulent pas être gentil mais dès qu’il y a un gentil ils le utilisent !
– Ouais au fond monsieur, pourquoi vous êtes gentil ?
– Hmm… Pour que vous vous posiez ce genre de question, peut-être ?
– Moi c’est mort, je peux pas être gentille, hein. Ou alors plus tard, peut-être. Genre monsieur, quand on est adulte, c’est plus facile ?
– Un peu. On est un peu plus libre d’être qui on veut.
– Ah ouais. Et comment on sait, qui on veut être ?
– Houlà mais Hildegarde tu es une filosofa !”

Vendredi 17 mai

Cette année, les troisièmes Glee m’ont rendu heureux : par leur enthousiasme, leur envie, leur motivation, et leur gentillesse.

Les troisièmes Bazoukan, eux, m’ont fait m’estimer.

Étrange chose, que l’estime de soi. À m’écrire jour après jour, après jour, je n’arrive toujours pas à comprendre si j’en évacue le trop plein ou si j’essaye d’en conjurer.

Toujours est-il que, en ce début de fin d’année, faire cours aux troisièmes Bazoukan m’emplit de fierté. Avant tout parce que j’en ai bavé avec eux. Que c’est avec eux que j’ai le plus transpiré, que je me suis le plus torturé le ciboulot au niveau de mes cours. C’est eux qui m’ont le plus renvoyé à mes faiblesses : le fait que je sois souvent à contretemps, autoritaire quand il faudrait se montrer coulant, riant à leurs bêtises ou approximatif quand ils auraient besoin de rigueur. Ils sont passés à deux doigts de mes “classes à la dérive” : celles auxquelles j’enseigne, mais dont je sais que je ne parviendrais plus à capter quelque chose de sincère.

Mais il s’est passé quelque chose d’étonnant cette année : je n’ai pas transigé sur mes valeurs. Sur ce que, après dix années, je sais être bon. Plutôt que de m’adapter à eux, j’ai tout misé sur les quelques qualités que je possède. Quand ils ont été au sommet de l’hostilité, je me suis montré le prof que je suis le plus heureux d’incarner.

Et, succès ou heureux hasard, ça a fini par fonctionner.

Ils ont doucement grandi, et aujourd’hui, le plus paumé des paumé parmi eux m’a gentiment expliqué qu’il était heureux d’enfin comprendre comment justifier un texte. Ils acceptent de se mesurer, avec rigueur et sans soupirer, aux œuvres que nous étudions. Et, surtout, ils s’estiment. Laissant tomber les oripeaux d’élèves d’Ylisse. Ils ont compris – et ça me pique les yeux de bonheur – que rien ne sera retenu contre eux, dans le cours de français. Que ça n’est pas interdit de demander le silence quand on trouve un texte beau, ou d’attacher de l’importance au sort de personnages, imaginaires depuis des siècles.

Ils peuvent se montrer ignobles dans d’autres cours, et ça, ça me fait mal au cœur.

Mais ils sont une petite victoire. Montrent que peut-être, juste peut-être, il est possible de ne pas seulement surnager, de ne pas viser que des victoires du jour, ou individuelles.

Bon. Maintenant se dire ça pour les quatrièmes !

Jeudi 16 mai

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Source du dessin : fukusa, pixiv id 2919299

Journée Adachi. Ça faisait longtemps.

Pour ceux qui fréquentent ce blog depuis un peu moins longtemps (ou ceux qui ont le bon goût de ne pas s’intéresser à mes bêtises), Adachi est un personnage du jeu vidéo Persona 4 dont les aspects les plus sombres correspondent parfaitement aux miens quand je me noie au bahut : une détestation profonde du monde et de moi-même, une sensation de vide abyssale, et une certaine jouissance à m’y enfoncer.

J’ai trop de casquette à porter aujourd’hui. Le jeudi matin est toujours une matinée compliquée, entre deux heures de troisièmes Bazoukan, désormais totalement dans la panique des derniers résultats scolaires, et des quatrièmes, eux, de plus en plus démobilisés. Je passe un certain temps à expliquer le plus délicatement possible à Alia qu’elle ne pourra pas, en deux semaines, rattraper trois ans à en faire le moins possible et une dernière à assurer le minimum. Elle ne comprend pas, trouve ça injuste. Parce que depuis les dernières vacances, elle ne fait que travailler, pour de vrai monsieur !

Je dois gérer Lelio, en quatrième Alakhazam, que j’ai toutes les peines du monde à réconcilier ne serait-ce qu’un peu avec mon cours et qui, depuis qu’il a le bras droit dans le plâtre, a décidé qu’il ne viendrait que pour mettre le zbeul.

Courir après les dernières fiches d’orientation, et expliquer en tentant de rester le plus aimable possible à Tara que si elle veut s’inscrire dans un lycée privé, je ne suis peut-être pas le meilleur interlocuteur pour appeler ledit lycée, demander le dossier, aller le chercher, le remplir, et le renvoyer. Elle me demande le plus sincèrement du monde pourquoi.

Une heure à corriger des copies, le plus rapidement possible, pour rentrer les dernières notes de troisième, valider les dernières compétences. Du coin de l’oeil, je vois Monsieur Vivi et T. partir pour faire jouer les sixièmes, cinquièmes et quatrièmes Glee. Il est très malvenu de les jalouser, je les jalouse, c’est là que je me rends compte que je suis Adachi aujourd’hui.

Se précipiter à une heure d’information syndicale. Je suis cette année le pire élu du monde. Je suis dernier de la liste, dernier de la classe. Je ne voulais pas me présenter, j’ai dit oui, je ferme ma gueule. L’ampleur des difficultés qui attendent le collège me laissent pantois. Toujours moins de postes, d’heures, de possibilité d’aider nos élèves dans leur parcours étudiant et professionnel…

Enchaîner sur une réunion “semaine projet”. Je déteste ce concept et pour une raison qui m’échappe, je m’y trouve toujours mêlé. Il s’agit pour faire simple d’une semaine durant laquelle les cours “classiques” sont annulés et où on demande aux enseignants de mettre en place des ateliers, des expositions, des sorties… Sur le papier un chouette concept, mais une vraie usine à gaz dans les faits (les élèves peuvent s’inscrire à ce qu’ils veulent peu importe le niveau, ce qui exige de réorganiser l’intégralité des emplois du temps, tout le monde n’a pas forcément d’idée, et surtout, on fait toujours ça À LA BOURRE).

Et alors que je suis déjà en train de fulminer, je dois recevoir avec le plus de diplomatie possible un élève et sa maman en conflit sur le lycée qu’il souhaite intégrer. Ossem, d’une politesse et d’une douceur extraordinaires, s’adresse à sa mère sur un ton incroyablement insolent, et j’ai toutes les peines du monde à faire se parler les deux parties en présence. J’appelle Y. à la rescousse avant de me mettre à hurler et nous parvenons à régler la situation.

Retour à la réunion, où l’organisation de la semaine projet a atteint la complexité de la pensée de notre Président, hin hin, et qui me fait craindre le pire.

Je rentre avec T. et V. C’est peut-être le pire moment. Je suis derrière un mur transparent, je me sens tout gris, et trouve profondément injuste de les voir sourire et plaisanter. Le trajet de RER est interminable, je ravale, une à une, les remarques désagréables que j’aimerais lancer. Ça n’est la faute de personne, j’aimerais arrêter d’avoir 14 ans et de faire la gueule, arrêter de vouloir creuser dans le noir, arrêter d’être Adachi.

Demain, peut-être, je serai juste prof. Et ça ira mieux. Faut juste attendre que le laid s’épuise.

Mercredi 15 mai

Les dates des conseils de classe sont tombées pour les troisièmes : ce sera dans quinze jours. Quinze jours et une grande partie des jeux seront faits : bulletins de notes figés, orientation décidée.

C’est le temps où tout s’accélère, les derniers kilomètres du marathon. Les troisièmes se voient déjà à la fin de l’année. Certains, fébriles, deviennent brutalement boulimiques de travail, d’autres exultent, ne sachant pas encore que, comme dans une course, l’ultime distance peut paraître infiniment longue.

À peine un mois et demi pour leur donner les derniers outils, les voir se préparer à la suite. Où est-elle déjà passée, cette année scolaire ?

Mardi 14 mai

J’entame une journée qui, normalement, ressemble à ça :

Deux cours
     I I
Plein de rien
     I I
La grosse réunion d’orientation des troisièmes.

Le genre de journée qu’on s’attend à être assez détendax, pleines de copies corrigées, de mauvais café et de blagues entre collègues.

Ce qu’il y a de cool, avec les journées à Ylisse, c’est qu’elles prennent toujours un malin plaisir à prendre tes pronostiques, en faire un origami et passer l’origami dans une cuve d’acide chlorhydrique.

Les deux premières heures se passent plutôt bien. Mes deux classes de quatrième se métamorphosent petit à petit en futures troisièmes. Il n’est plus nécessaire de systématiquement faire appel à un mélange étrange de séduction, de rigueur, d’intransigeance et d’humour pour obtenir leur attention. Ils acceptent tout bêtement les activités parce qu’ils commencent à avoir une larme de confiance en le collège. Après trois ans, ce n’est pas dommage. Et puis Hildegarde est en forme, ce qui occasionne deux-trois fous-rire.

Ma matinée de cours est terminée. En effet, les troisièmes Glee, que je devais avoir durant deux heures, sont en concert, accompagnés des quatrièmes, avec l’orchestre de la Police, en visite entre nos murs pour une raison qui m’échappe. Je descends donc en salle polyvalente, après avoir averti les collègues de la salle des profs que je reviens tout de suite.

Et là, je bascule dans le monde de Monsieur Vivi. Il est 10h30, je ne le quitterai pas jusqu’à 19h20.

Monsieur Vivi, en sa qualité de prof de musique, est chargé de faire jouer les Glee. Je me joins à lui pour lui filer un coup de main, dépliant des pupitres, fournissant des socles aux violoncellistes, filmant des bouts de la séance, avant de m’asseoir à côté d’Arès (si tu ne connais pas Arès, c’est l’un des personnages principaux de la saison précédente). Arès ne joue pas, ne disposant pas aujourd’hui de sa contrebasse. J’avise qu’il porte au doigt une bague dorée ornée d’une pierre rouge, ainsi que…deux montres à aiguilles. Connaissant sa tendance au bling bling, je m’apprête à détourner les yeux, mais quelque chose me retient. Sa bague n’est pas un de ces larges bidules en vogue, mais un bijou fin et plutôt ouvragé. Les montres, elles ont un style année 70 peu en vague parmi les ados du 91. Il remarque mon regard :

“C’était à mon grand-père, monsieur. Les montres et la bague. Le papa de ma mère – Arès a perdu sa mère – alors ma grand-mère m’a donné ses montres et sa bague. Et il avait une montre de poche. Je l’aurai à mes dix-huit ans.”

Arès s’est passé aux mains tout ce qui lui permet de refermer les doigts sur les fantômes de sa famille. Et pendant les deux heures que dureront la répétition, il avancera manuellement les aiguilles des deux montres en panne. Je cherche sur mon téléphone l’adresse d’un bijoutier et la lui donne. Il espère que sa famille d’accueil sera d’accord pour l’y amener.

La répétition se déroule dans une ambiance studieuse, les mômes un brin inhibés par la présence des adultes. Il est 12h30, la faim commence à se faire sentir. Les mômes sortent, et je file un coup de main à Monsieur Vivi pour ranger le monceau de matos laissé derrière les musiciens en herbe. Le temps que nous déblayions l’apocalyptique bazar, il est près de 13h, et nous devons ré-accueillir les troisièmes pour leur heure de chorale hebdomadaire. Je n’ai pas pu déjeuner, ce qui a toujours pour effet de me transformer en un mélange de Double-Face dans Batman et de Catherine Earnshaw quand Heathcliff lui manque.
J’ai fait une fois la gueule à Monsieur Vivi, ce fut une des plus grosses hontes de ma vie, je réfrène donc mon démon intérieur et me lance dans la co-animation de cette heure, durant laquelle les troisièmes Glee sont encore une fois géniaux.

Ce qui nous amène gentiment à 14h. Plus que deux heures avant la fameuse réunion. Je précise à Monsieur Vivi que si je ne mange pas, là, tout de suite, je vais mordre quelqu’un et en arracher un bout. Nous avalons donc un sandwich, les fesses dans l’herbe d’un square municipal. Et en rêve, nous mettons en scène Starmania avec les mômes de Glee.

Avant de transbahuter le bazar rangé précédemment au conservatoire d’Ylisse auquel il appartient. Nous voilà donc à trimballer de couloir en utilitaire et d’utilitaire en salles cinquante kilos de pupitre, une contrebasse, quelques guitares, et un immense xylophone.

Et après je me demande comment mon collègue de musique fait pour garder la ligne. Parce que ça, c’est une journée comme les autres pour lui.

Il est 15h30. Temps de rentrer au bahut pour accueillir les parents, avec qui nous remplissons les fiches d’orientation.

Il me faudrait des heures pour en parler de tous. Ceux qui viennent, triomphants ils ont terminé la partie, ont gagné. Ils savent qu’ils obtiendront l’orientation qu’ils souhaitent, tel Kael, qui m’explique que durant l’entretien de recrutement de son lycée pro, il est allé utiliser les machines de l’établissement pour dégrossir la basse qu’il fabrique en ce moment avec son professeur de lutherie. Où Rina, dont l’entretien dure quarante secondes. Évidemment qu’elle partira dans le lycée de son choix. Elle a gagné ce droit, son excellence n’est plus juste une couronne.

Et pus il y a les autres. Tir, que sa mère n’a pas accompagné. Que nous allons nous battre pour lui permettre d’aller en lycée général, malgré son bulletin, car c’est actuellement le seul endroit dans lequel il peut espérer poursuivre la musique de façon poussée ; la musique, seule chose qui le maintienne à flots scolairement. Kalesh, qui fuit toute question quant à son orientation depuis le début de l’année, et qui se retrouve, fin mai, sans aucune idée de ce qu’il souhaite faire…

Je quitte le bahut en petit morceaux, Monsieur Vivi me raccompagne jusqu’à la gare. Ça fait 9 heures que nous ne nous sommes pas quittés.
Et, bizarrement, comme je le lui écris en rentrant chez moi, c’était une chouette journée.

Lundi 13 mai

Beaucoup de joie aujourd’hui, avec les troisièmes Glee. Nous leur faisons cours commun avec M., qui doit être la personne la plus adorable des deux hémisphères. Leur spectacle de fin d’année comporte comme fil conducteur des photos marquante du XXe siècle que M. a eu l’idée de leur proposer d’incarner sous forme de tableaux vivants.

Les troisièmes Glee se déploient. Pour tous leurs défauts – qui sont nombreux – ils sont capables d’être absolument impressionnants quand ils le souhaitent.

Ce matin ils le souhaitent.

Après s’être totalement investis dans un échauffement de quelques minutes, ils se séparent en petit groupe. Aucun d’entre eux ne s’est concerté, ils ont chacun choisi une photo différente.

Maya, la plus foldingue d’entre eux, entraîne ses potes à se métamorphoser en Beatles, le long d’Abbey Road. Qui se transformeront petit à petit en Rosies la riveteuse.

Pendant ce temps, Rina s’est emparée des quatre Marylins d’Andy Warhol. Elles adoptent la même démarche, la même entrée en scène pour se placer dans le tableau.

Et – au milieu de la salle, bien entendu – Tir et son groupe recréent l’atroce explosion d’Hiroshima. Tir, en neutron venant heurter la réalité, se précipite contre ses quatre camarades, formant une fragile corolle vivante, qui se déploie, se déforme, éclate et s’écroule. C’est simple, beau et terrible.

Vingt-trois adolescents qui ont passé leur scolarité ensemble, se connaissent et savent ce que les adultes attendent d’eux. Quand le jour est encore jeune, quand M. et son doux sourire vient les voir, quand l’idée est bonne, alors se fait l’harmonie.

Et là, nous avons une telle chance d’être enseignants.