
Ce matin, Lyndis dort à poings fermés sur sa table. Je ne l’enguirlanderai ni ne la réveillerai. Lyndis est épuisée ; de l’extérieur et d’elle-même.
Lyndis a beaucoup à faire à la maison : s’occuper des petits frères, des petites sœurs, de l’entretien, quand ses parents ne sont pas là. Lyndis a beaucoup à faire avec elle-même : elle est la meilleure élève de sa classe, mais est persuadée qu’elle n’a pas le niveau pour faire ce qu’elle souhaite l’année prochaine, à savoir aller en seconde générale. (chose qui n’a pas l’air de perturber son voisin de table qui carbure à 4 de moyenne, oublie ses affaires un jour sur deux et m’explique benoîtement que pour aller au lycée général, il suffit d’avoir tous les points au brevet, donc on verra quand on y sera, monsieur).
Lyndis travaille énormément, et tard. Elle ne parvient pas à se convaincre qu’elle a terminé, qu’elle en a assez fait. Tous ses efforts lui semblent tomber dans un trou sans fond. Nos encouragements, ce qu’elle parvient à faire, ses notes, tout lui passe au-dessus : là où elle est immature, c’est dans son incapacité à prendre du recul sur elle-même.
Lyndis s’épuise dans son angoisse. Et dans ce moment d’adolescence où le corps brûle des univers d’énergie pour grandir, j’espère que la fournaise de son angoisse finira par l’épargner.