
Je reçois hier un mot furieux d’une lectrice – qui ne m’a pas permis de reproduire ici son texte – suite à mon billet d’hier, dans lequel j’expliquais avoir fait travailler l’oral à mes élèves.
Elle raconte sa terreur d’avoir à participer en classe, et son ressenti que les enseignants participent à reproduire des schémas oppressifs.
Je comprends en partie cette personne : tous les ans, depuis que j’enseigne, je me trouve face, comme tous mes collègues je pense, devant des élèves qui ne souhaitent pas prendre la parole en cours, pour des raisons très diverses, et certains souvent justifiées. Que ce soit parce que la parole peut nourrir le harcèlement, que cette modalité les angoisse ou tout simplement parce qu’ils n’apprennent pas mieux de la sorte.
Mais c’est aussi l’une des obligations d’un enseignant : faire découvrir à nos élèves les modalités de la vie qui les attend par la suite. Peut-être Elfinia, qui a dû ouvrir la bouche quatre fois cette année parviendra à mener sa vie sans avoir à communiquer en public. Mais peut-être pas. Et le jour où elle sera mise face à une situation d’oral, qu’elle ne pourra plus fuir, il est nécessaire qu’elle dispose de quelques outils.
Et c’est là qu’intervient, comme toujours, l’individualisation. Participer oralement, et c’est ce que j’aurais voulu expliquer à la personne qui m’a écrit, ce n’est pas que lever la main pour répondre à une question posée. Il y a mille façons de participer à l’oral, certaines plus flagrantes que d’autres : ceux qui contribuent à organiser la salle quand il faut en changer la disposition pour une activité, ceux qui trouvent un renseignement plus vite que les autres dans un document et aident leurs camarades, ceux qui, devant un petit public, se révèlent des comédiens de talent, ceux qui ne savent donner leur avis qu’anarchiquement, mais souvent avec pertinence.
Notre travail n’est pas, à mon sens, de normaliser une participation orale ou de contraindre. Il est d’aller chercher la voix de tous nos élèves, qu’elle soit forte ou ténue, afin qu’ils prennent conscience qu’elle est là. Et qu’elle sera leur alliée, le jour où ils en auront besoin.
Idéalement, l’école serait un endroit où nous disposerions de suffisamment de temps pour effectuer ce travail délicat. Hélas, comme toujours, nous sommes en manque de moyens, ici temporels. Il n’empêche : peut-être le “participez davantage” du bulletin n’est-il pas une injonction. Juste l’espoir que toi, élève, tu vas trouver comment ce que tu as en toi peut t’épanouir. Et épanouir les autres.