
Je retrouve M. et C. Ça fait trop longtemps qu’on ne s’est pas vu, et après un quart d’heure passé à discuter avec eux, je redeviens convaincu que le monde vaut la peine d’être sauvé et qu’ils en seront les artisans.
M. envisage, peut-être, de devenir prof. Et, sagement, elle récupère des informations à droite et à gauche. À un moment, je lui dis quelque chose que je n’arrive que rarement à formuler : “ce qu’il y a de bien, quand tu es prof, c’est que tu en apprends énormément sur toi aussi.”
J’ai beau passer mon temps à dire que devant un élève, on invoque sa persona, le fait est que tout ce que l’on éprouve – la joie d’enfin faire passer une notion complexe, l’agacement quand OUI, si j’écris en bleu on écrit en bleu, l’hilarité quand Fanny fait une grimace au premier rang après une réponse approximative d’Ivan – tout cela est vrai. Chaque journée de prof est une centrifugeuse dans laquelle un scientifique invisible nous colle. Il y rajoute une trouzaine d’émotions et presse le bouton. Et on se retrouve collé à la paroi, les émotions en question nous heurtant la figure, tandis qu’on se cramponne, entre les préparations de cours, les copies à évaluer, et tout le reste.
Je partirai d’Ylisse plus mince. D’abord parce que je continue à courir. Et aussi parce que toutes ces émotions m’auront affiné. Moi qui était incapable de saisir un sous-entendu, qui restait totalement perdu quand à à peu près tout ce que je ressentais, je me retrouve muni d’une prise sur ce que je ressens – et plus important encore, sur ce que ressentent les autres – à toute épreuve.
Et puis je pense que M. sera une bonne prof. Parce qu’elle admet ses forces comme ses faiblesses. Qu’elle doute mais ne cesse pas d’avancer, qu’elle est pleine d’empathie et de recul.
Et aussi genre méga organisée. Le truc que je n’ai toujours pas réussi à acquérir.
La future génération de prof arrive, et, les élèves, vous aller kiffer.