
Et c’en est fini des jours de “vrais” cours. Lundi, je passerai la majeure partie de mon temps avec les troisièmes. Les Bazoukan pour revoir le brevet, les Glee pour préparer leur ultime spectacle.
“Mais dans les pauses, le jour du spectacle, on pourra se mettre dans un coin pour réviser avec vous ?”
Une nouvelle récompense m’attend : les troisièmes Glee sont devenus de jeunes gens. Je ne vais pas mentir : j’ai eu du mal à trouver ma place dans cette classe, les premiers à avoir bénéficié de l’option lourde musique. Lorsque je suis devenu leur prof, ils avaient déjà vécu tellement de choses extraordinaires… ou plutôt avaient été les premiers à vivre ce qui est devenu la norme pour une centaine de mômes désormais : les concerts, la création de spectacles, la découverte des instruments… Ils avaient été une grande histoire pour Monsieur Vivi, placés sous la houlette de Lady T….
En fin de compte, je ne pouvais être qu’un prof principal. Qui s’appliquerait à rendre cette année souvent chaotique de troisième la plus sereine possible. Et, toute honte bue, je crois ne pas m’en être trop mal tirés.
Ils sont prêts.
Et c’est donc sans la moindre nervosité que, ce soir, ils répètent pour leur ultime spectacle de collégiens. Et j’observe avec un bonheur léger, léger, Oulan chevaucher au piano le thème de “La nuit je mens”, tandis que Lorenzo, toujours, déploie son immense concentration alors que nous mettons vite fait en place une scène. Ils écoutent nos directives et nos conseils, à Monsieur Vivi et moi, sans la moindre défiance, sans la moindre affectation. Ils aimeraient faire un beau spectacle, ça leur ferait plaisir, mais leur vie n’en dépend pas. Pas plus qu’ils s’en foutent. La musique occupe une grande et belle place dans leur vie.
Non.
Faire de la musique ensemble. Parce que, très sereinement, la quasi-totalité d’entre eux ne continuera pas l’option musique au lycée. Cette histoire-là est en train de se terminer pour eux. Peut-être y reviendront-ils, peut-être pas. Ça n’est pas grave. Ce qui compte, en ces derniers moments, c’est, enfin, de sonner comme un groupe. Des regards complices s’échangent, des rires mais aussi des silences que nous, adultes, n’avons pas trop besoin de provoquer.
Je me suis souvent demandé à quel moment miraculeux les collégiens tourmentés physiquement et psychiquement semblaient acquérir un début d’équilibre, celui qui fait que quelque chose se cale, que leur posture se fait plus assurée dès la seconde au lycée. Et ce moment, j’en suis ce soir témoin. Ils sont un groupe d’ados, concentrés sur le présent. Un présent dont ils ne sont plus les esclaves ou les témoins passifs mais les acteurs.
Et quand la sonnerie, enfin retentit, ils sortent sans hâte, échangeant avec nous quelques informations importantes, ou quelques mots gentils.
En ce moment, il y a énormément de paix. C’est un splendide cadeau de fin de cours.