Lundi 2 décembre

Nous sommes au début d’une nouvelle semaine, que tout le monde espère radieuse, pleine de bonheur et de prise de conscience par le gouvernement que la grève du 5 décembre n’est pas juste faite pour aller boire des chocolats chauds avec les copains un jour de semaine.

Et moi, je suis toujours aphone.

Aller voir le toubib, ça n’est jamais simple, encore plus quand ton médecin traitant n’est pas disponible avant la saint glinglin, merci les diverses épidémies. J’avais déjà parlé, il y a un moment, du genre de mésaventures auxquelles ont peut parfois s’exposer quand on est prof et qu’on va consulter. Ces derniers jours m’ont confirmés dans mon premier diagnostic (gag).

Acte I : jeudi dernier. J’arrive dans le cabinet du seul médecin dispo un jour de semaine en début de soirée que j’ai pu trouver. J’entre dans une pièce à mi-chemin entre la garçonnière et le musée Carnavalet. Entre un tableau de maître et une bibliothèque, on a calé une table d’auscultation, bien moins grande que le bureau en chêne qui occupe la quasi-totalité de l’endroit. Je suis reçu par un mec en costard impeccable, qui me considère d’un air pincé.

“Alors comme ça on a mal à la gorge ? Ahah, ce sont les enseignants, ça jamais, il peuvent s’arrêter de parler.
– Oui alors, c’est à dire que… kof kof, ça fait vraiment mal, et j’ai la voix qui commence à partir un peu je…
– Oh là là, on s’écoute, on s’écoute. Tenez, prenez ces pastilles pour la gorge et ce spray non remboursé, et retournez bosser, il y en a parmi nous qui ont un vrai métier. Ça fera cinquante euros, les clubs de golf ne sont pas donnés.
– … snurfl.”

Acte 2 : ce matin. J’attends une bonne heure dans une salle bondée, entre trois maman très courageuses qui supportent sans avouer les tortures sonores que leur font endurer leurs enfants, et deux personnes âgées qui essayent de se souvenir si leurs propres enfants hurlaient autant. Le docteur, une femme très occupée, me reçoit dans ce qui ressemble furieusement à une salle polyvalente en réduction.

“Vous avez besoin de quoi ?
– JeeeEEEEeeeeeEEEEeeee…
– Ah. Le classique. Extinction de voix, Vous êtes en plein dans l’évolution normale du virus. Vous faites quoi dans la vie. Non, écrivez-le sur le bloc note Hello Kitty tiens.
– …
– Vous êtes PROF ? Et vous êtes allé BOSSER dans cet état ?
– MeerciII de VoTrE ComPASSion.
– Quelle compassion ? Vous vous rendez compte du nombre de gosses que vous avez sans doute contaminé ? Prenez-moi ce traitement de cheval, rentrez chez vous et pensez à ce que vous avez fait ! Oh, et faites-vous vacciner contre la grippe aussi, manquerait plus que vous la refiliez à ces pauvres mômes !
– … snurfl.”

Verdict : repos jusqu’à vendredi !

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