Mardi 3 décembre

Depuis l’ouverture de ce blog, j’en reçois.

Depuis le début de cette année scolaire, au moins un par semaine.

Un de ces messages de collègues, profs, CPE ou infirmier.e.s scolaires qui explique qu’il en a assez. Qu’il n’en peut plus. Qu’il envisage de demander un congé de longue maladie, ou d’envoyer une lettre de démission au rectorat.

Je ne suis qu’un diariste de l’Éducation Nationale. Si je suis destinataire de ces missives, combien en reçoivent les gens plus concernés ?

Ce qui me saisit toujours en les lisant, et dans les discussions qui suivent, c’est à quel point ce gens aiment leur métier. Ils mettent presque toujours en avant les bons moments, l’importance, ou le sens plutôt, de leur profession. La quasi-totalité de ces lignes porte ça. Le fait que, presque tous, ils sont entrés dans le métier pour aider, faire une différence, infime ou grande, ça n’a pas d’importance : mais faire avancer, tenir debout les bases d’un système dans lequel ils croient.

Mais.

Parce que vient toujours le “mais”, évidemment. S’il fallait résumer tous ces mais, ce serait ainsi : “Mais je me rends compte que je ne suis qu’humain.”

Tous ou presque, ils sentent leurs forces faiblir. Devant la charge de travail demandée. Pas en temps, pour ceux dont les exclamations indignées s’apprêtent à retentir : quand on s’occupe d’éducation, on sait que les heures ne seront pas comptées.
Non. On nous demande d’être trop à la fois. On nous demande de courir dans tous les sens, voilà ce qui revient, chaque fois ou presque. D’inventer, seul, ces métiers où l’on ne peut plus se contenter de soigner, d’éduquer, de communiquer. On nous demande de nous soumettre à des injonctions qui changent à chaque tournant politique, tout en conservant un idéal qui lui, ne doit jamais dévier.
On voit nos idéaux battus en brèche, dans des situations auxquelles personne ne nous a jamais appris à nous confronter. On se sent impuissant, tant à surmonter ces difficultés qu’à demander de l’aide.

C’est ce que je répète, bêtement et en boucle : demande de l’aide autour de toi.

Je me rappelle de ce collègue, pour qui j’éprouve toujours autant de tristesse et de culpabilité : arrivé plein d’envie et d’idées. Qui s’est retrouvé chargé de trois classes de quatrièmes, alors que j’étais cette année-là chargé de la répartition des classes pour la première fois. Je n’ai pas pris assez de temps pour m’en occuper, pour prendre soin de lui. Résultat : il a démissionné. Bien sur, je n’en n’étais pas l’unique responsable. Mais j’aurais pu prendre du temps. Aller le voir, bosser avec lui.

Nous sommes de moins en moins protégés par notre institution. Nos responsables sont submergés de tâches, nos rôles de plus en plus divers. Tout ce qu’il nous reste, souvent, c’est ceux qui vivent les mêmes expériences. Finalement, tout ce qu’il nous reste, souvent, c’est d’être gentils les uns avec les autres. 

En continuant à bosser, pour les gamins ; à lutter corps et âmes pour de meilleures conditions de travail.

Et en revenant toujours aux origines : ce que nous faisons a du sens.

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