Cher Jean-Michel Blanquer,
Je ne sais pas toi, mais personnellement, j’ai un peu l’impression qu’au gouvernement vous vous sentez un brin fébrile à l’approche de demain. En ce moment, la quasi-totalité des dirigeants politique habite dans la télévision (Chloé Delaume forever) et tente de nous expliquer, entre deux interruptions pubs pour la nouvelle bagnole hybride, que le nouveau système de retraite est absolument génial, et que c’est donc pour ça qu’on nous le montre pas, que les mécontents c’est rien que des sales privilégiés qui font rien qu’à défendre leurs retraites, et que c’est normal de travailler plus longtemps quand tu vis plus vieux. Si c’est ça le top trois des arguments pour nous vendre cette réforme, je peux comprendre que ça transpire un peu, dans les hautes sphères de l’état.
Au milieu de tout ce joyeux bazar, bien entendu, il y a toi, Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation, chargé de gérer ces feignasses de prof qui ont fait de la grève un art ancestral. Et après certaines sorties remarquées dans les médias telles que si certains font la grève c’est “parce qu’ils ne comprennent pas”, tu t’es fendu d’une jolie lettres envoyée aux profs (pas aux professeurs-documentalistes, hein, jute aux vrais), histoire d’apaiser le climat.
Voici ton chef d’œuvre.

Alors loin de moins l’envie de me lancer dans un commentaire de texte – exercice dans lequel j’ai toujours été d’une nullité confondante – mais tout de même, quelques points m’interpellent :
– “un euro cotisé dans le système apportera les mêmes droits.” Certes. On l’a entendu. Un certains nombres de fois. Mais, à vrai dire, niveau argument, c’est un peu moyen. Parce qu’on ne sait pas quels droits ça apporte. Alors oui, très bien l’égalité. Mais si un euro cotisé apporte comme droit un demi-bol de soupe quotidien, je dois avouer être moyennement emballé par l’idée.
D’autre part, il faudrait, Jean-Mimi que tu te souviennes que tu parles à des profs, à qui on a seriné, durant nombre d’années, que l’égalité c’est caca, et que seule compte l’équité. Personnellement, je ne suis pas persuadé qu’un système dans lequel Bernard Arnault cotise à côté de moi soit totalement équitable.
– “nous inscrirons dans la loi la garantie que la valeur du point ne pourra pas baisser.” : sérieusement ? Sérieusement Jean-Mi ? Tu essayes de nous la faire en parlant de la VALEUR DU POINT ?
Pour ceux qui ne sont pas au courant, les fonctionnaires sont rémunérés à partir d’un système qui s’appelle le point d’indice, et qui définit notre salaire via de savants calculs.
Eh bien ce point d’indice n’a pas augmenté depuis une dizaine d’années (hormis deux fois de 0,6% sous Hollande) alors que l’inflation, elle, la coquinette, est montée à en faire pâlir un randonneur sur l’Everest.
Pour traduire : le salaire des profs ne bouge pas, les prix augmentent.
Pourquoi ai-je l’intuition que c’est exactement ce qu’il va se passer avec ce nouveau système de retraite ?
Jean-Mimi, chat qui s’est fait rouler dessus à plusieurs reprises par un tracteur craint les véhicules motorisé, et profs qui se font avoir par un système de points craignent ledit système.
– “nous mettrons en place un minimum de pension à 1000 euros par mois pour ceux qui ont une carrière complète.” : Ah ben super, génial, merci, vivent les galettes saucisses ! Donc si tu as bossé durant 42 (46, 47, 56… selon l’évolution de l’âge de départ à la retraite) ans, tu es sûr de partir avec 1000 grosses boulasses par mois à la retraite ! Mais c’est le luxe dis-moi ! Les croisières, les abonnements à France-Loisir et les EHPAD de luxe nous tendent les bras !
Sans déconner, Jean-Mi. Tu crois que combien de fonctionnaires ont dans leur entourage des personnes âgées ? Tu penses qu’on ne voit pas que la retraite, c’est souvent synonyme de galère ?
Ma grand-mère vit actuellement dans une maison de retraite médicalisée. Mes grands-parents étaient aisés, selon les standards de l’époque, assez au-dessus des revenus moyens de gens de leur âge. L’argent qu’ils avaient de côté part, en très grande partie, dans le loyer de cette maison de retraite. Pas luxueuse, mais où l’on s’occupe bien d’elle. Et elle fait partie des privilégiés, financièrement. Alors avec 1000 balles ? Mais tu t’imagines quoi, exactement ?
(Et je note aussi que tu évites soigneusement de définir ce que tu entends par “carrière complète”, ça aussi ça donne envie).
“Nous étendrons à la fonction publique la reconnaissance des métiers pénibles.” : ben ça c’est cool. J’espère que ça va concerner masse de monde, notamment les agents de service des établissements scolaires… On pourrait avoir une date, histoire d’être sûrs ?
– Et pour finir, il y a le fait que les enseignants auront le même niveau de retraite que les autres fonctionnaires de leur catégorie via une revalorisation salariale. Ce qui veut donc dire qu’on devrait, profs, toucher la même retraite qu’un directeur d’hôpital (je suis allé chercher une liste de fonctionnaires de catégorie A sur emploi-collectivites.fr).
Donc, si je reviens à ton premier point, Jean-Mi (un euro cotisé donne les mêmes droits, bla bla bla), ça voudrait dire que pour obtenir une retraite équivalente, les profs devraient toucher autant qu’un directeur d’hôpital ? Mais c’est la fête ! Sortez les cotillons ! Perso je lâche la rédaction de ce billet et je réserve mon prochain voyage au Japon !
Oh, et, oh, du coup, petite question : je suppose que ça veut dire que les nouveaux enseignants toucheront beaucoup plus dès leur début de carrière et que ceux qui bossent actuellement vont voir leur salaire augmenter de façon GARGANTUESQUE, histoire de compenser le fait qu’on va cotiser sur de petites sommes, dans la première partie de notre parcours professionnel ? C’est bien ça ? J’ai bien tout compris.
Alors, tu vois Jean-Mi, c’est pas que je veuille faire du mauvais esprit, mais ta lettre sent un brin plus la panique, tant dans ses arguments que dans la date d’envoi, que l’assurance et la certitude.
Du coup désolé, mais le 5, j’irai défendre un système qui le mérite. Par tous, y compris par nos responsables.
Bisous doux.