
Cette année, ça a été d’abord avec les quatrièmes Dracaufeu. Parce qu’avant de leur passer une vidéo, j’ai précisé : “Deux personnes s’embrassent, à un moment, merci de ne pas hurler.” et que Nina a très gentiment dit : “Ne vous inquiétez pas, tant que ce ne sont pas deux garçons, il n’y a pas de souci.”
Cela fait deux ans que je fais du coming-out un outil pédagogique. Ou plutôt, que j’arrive à en faire quelque chose de non-accidentel. Ici en l’occurrence, faire réfléchir Nina et les autres à l’immense homophobie contenue dans sa remarque.
C’est un privilège immense et j’en ai tout à fait conscience : parce que j’ai trente-sept berges, parce que je suis dans ce bahut depuis un moment, parce que j’ai la prétention de croire que j’ai de plutôt bons rapports avec mes classes. Je fais désormais mon coming-out quand j’estime que ça apportera quelque chose aux mômes. Exactement comme quand je donne tout autre détail de ma vie privée.
Ce n’est pas plus facile pour autant. Je ne sais plus qui a écrit que l’on ne s’arrête plus jamais de faire son coming-out la première fois passée, c’est tout à fait vrai. Il y a l’appréhension de se demander comment on va être reçu, notamment par des ados, du choix des termes, et de l’attitude – être clair, sans provocation, ne pas bafouiller ni être dans la défiance – et bien sûr la question de la pertinence : est-ce que je fais bien de le leur dire, de le leur dire maintenant ?
L’envie, toujours, de laisser passer l’occasion. Après tout, il y en aura d’autres, et puis ce n’est pas vraiment du français. La même pensée, toujours, qui revient. Peut-être qu’il y en aura une ou un, qui se rappellera dans quelques années de ce prof qui en parlait sans la moindre hésitation apparente.