
La formatrice du stage auquel j’assiste est la prof de théâtre de Lorenzo. Un élève de la troisième Glee, de l’année dernière. Curieux, j’évoque le nom du gamin.
Et la réaction est fulgurante. Sourire solaire.
“Ah ! Lorenzo ! Évidemment !”
Les mots sortent avec un enthousiasme démesuré. Lorenzo jouera le premier rôle dans le Britannicus à la fin de l’année. Il a un sens de l’alexandrin inné. Il est incapable d’arriver à l’heure. Il est merveilleusement attachant.
Comme la plupart de ses enseignants, cette femme a été touchée par les rayons de lune qu’émet Lorenzo. Un pierrot au regard toujours flou, derrière de grosses lunettes. Lunettes qu’il perdait plusieurs fois par an au collège.
Et qui, sur scène, se métamorphosait littéralement. Le corps toujours en tension, les yeux d’une intensité folle. Au collège Lorenzo a été un lapin au Pays des Merveille, le dirigeant dandy déglingos d’une cité souterraine et un musicien résistant traversant le vingtième siècle. Lorenzo possède la grâce. Il la possède à tel point qu’il m’y a fait croire. L’énergie qu’il déploie sur scène et la beauté foudroyante qu’il y acquiert n’est tout simplement pas explicable. Elles existaient depuis le début, et il les a cultivées. Continue à les cultiver au lycée.
J’admire profondément Lorenzo. Au point de me dire que son génie théâtral lui permettra peut-être de palier à ses manquements scolaires.
Et c’est pour lui que, pendant les exercices de pratique théâtrale de ce stage, je joue vraiment. Sérieusement. Je reste dans mon personnage, imite Bianca del Rio quand on me demande d’interpréter une douairière excédée, évite de monopoliser le centre de la scène lors des exercices, met tout ce que je peux d’expressivité dans la lecture d’une tirade indignée. J’ai été le professeur de Lorenzo, je me dois d’être exigeant. D’être bon.
Il y a des élèves qui brillent, et dont la lumière vous redresse.