
Deuxième jour de stage. Nous commençons, entre collègues, à mieux nous connaître et à, bien évidemment, parler de nos établissements scolaires. Beaucoup de profs de lycées, pour la plupart assez calmes, et de collèges plutôt tranquilles.
Nous devisons de nos classes et je constate, dans plusieurs regard, ce mélange d’admiration et d’horreur qui, je le reconnais, flatte mes bas instincts.
Et puis cette phrase, très gentille, mais qui me plonge dans un abîme de réflexion :
“Tu es à Ylisse depuis tout ce temps ? Tu as les reins solides !”
Je suis tout à coup frappé. Est-ce que nous faisons vraiment un métier aussi différent ? Est-ce que, au fil du temps, je n’ai pas fini par accepter que j’apprends le minimum à des élèves qui, de toutes façons, sont condamnés par leur statut social et à qui je devrais déjà m’estimer heureux d’avoir fait lire trois livres. Et, au passage, ça me permet de passer pour un super-héros auprès de collègues qui font tout simplement notre métier dans des conditions plus classiques.
En gros, est-ce que je ne me fais pas mousser tout en revoyant mes exigences à la baisse ?
C’est une question à laquelle je n’ai pas de réponse. Si, chaque année, je tente de coller le plus possible au programme, c’est pour ne pas oublier le cap vers lequel je dois me diriger. Et si je me suis fixé comme règle idiote de ne pas aborder d’œuvres de littérature jeunesse, c’est aussi pour moi une façon totalement arbitraire de maintenir un niveau d’exigence minimal.
Mais c’est aussi pour cela que l’idée d’une mutation s’impose, de plus en plus pressante. Pas parce que je n’en peux plus, ou que je suis à deux doigts d’encastrer un élève dans le mur.
Mais avant tout, pour ces élèves à qui j’enseigne et pour qui je ne suis, peut-être, plus la meilleure chance de réussir.