
Tiens, si tu ne connais pas l’Éducation Nationale, tu vas apprendre un truc totalement inutile aujourd’hui : tous les ans, les enseignants ont le droit de demander jusqu’à quatre stages de formation, pour apprendre davantage de trucs, et boire du café gratuit. Le chef d’établissement décide s’ils sont accordés, et combien. Parce que bon, on peut comprendre que valider quatre stages d’une semaine, ça puisse faire hésiter.
De mon côté, jusqu’à présent, un seul a été validé, celui dont je vous ai narré les épisodes la semaine dernière. (oui, ceci est une honteuse auto-promotion).
J’arrive donc en ce lundi, frais et rose – enfin, aussi frais et rose qu’on puisse l’être un lundi matin – fais la bise à R., la plus compétente et la plus belle des agentes d’accueil de l’univers, passe le bonjour à P., qui passe les escaliers en écoutant “Les reflets d’acide” (P. est un homme d’un goût très sûr), avant de débarquer en salle des profs.
Tandis que je me mets au courant des potins qui ont émaillé mes deux journées d’absence – quel élève s’est servi de quel autre comme bélier humain, si l’ordinateur de la salle 118 a été réparé ou combien d’heures de cours on va encore nous retirer l’année prochaine – j’ouvre mon casier, d’où s’échappe un morceau de papier, telle une feuille emportée par la brise d’automne.
Je rigole : “Ahah, c’est ironique, ça, je reviens de stage, et je vois que le second que j’avais demandé est accepté. Ahah. Ça me fait penser que la date n’était pas précisée. Ahah. Je me demande quand il a lieu. ahah.
Lundi 27 janvier à 9h.
Lund…
Environ quatre minutes plus tard, je suis en train de filer sous la pluie à la station de RER, en calculant combien de journée de 8 heures de cours je devrai accomplir pour rattraper les heures que je suis en train de louper avec mes élèves. (Cheffe n’aime pas qu’on sèche les formations, et elle aime encore moins qu’on rate des cours).
Enfreignant à peu près toutes les règles de sécurité d’un usager des transports publics et aidé par un solide vent arrière, je me retrouve dans un cinéma d’Ivry sur Seine, prêt à prendre des notes sur les projections et les commentaires cinématographiques que l’on va nous faire, tout en préparant mentalement de futures séquences.
Les premières interventions de collègues me foudroient par leur intelligence et leur pertinence. Nouer des liens en disant son admiration à quelqu’un, ce n’est pas la pire façon de rencontrer des collègues.
Toutefois, en rentrant, me trotte dans la tête l’obsédante chanson de mon peu de confiance. Chaque fois que je suis mis en présence de mes pairs, que ce soit à Ylisse ou en-dehors de mon bahut, je me sens minuscule. Écrasé par leur pertinence, par leur maîtrise des sujets dont nous parlons. Et me dis qu’il en faudrait peu pour que tout le monde se mette à me pointer du doigt en hurlant : “Il n’est pas des nôtres !”
Je n’ai aucune confiance en moi, ce n’est pas nouveau, ni surprenant. Pourtant, chaque jour de travail, j’affecte cette confiance, cette sérénité de celui qui est certain de son savoir. Parce que les élèves en ont besoin. Elle constitue un appui précieux, pour qu’ils se sentent en sécurité.
J’aimerais pourtant, un jour réussir à l’enraciner, cette foutue confiance. Pour moi, bien sûr. Et aussi, sans doute, pour être un meilleur prof.
Parfois, le masque que l’on porte et le visage se confondent.