Mercredi 29 janvier

Hier soir, message d’une lectrice, dont je cite un extrait avec son accord : “Vous parlez cette année moins de vos élèves, trop de l’actualité, réformes etc. Ce n’est pas ce qui fait l’intérêt de votre métier.”

Je n’en disconviens pas. Et très franchement, dans un monde idéal, je passerai mes billets de blog à parler de mes élèves, des rapports que j’entretiens avec eux, et j’évoquerai notre ministère ou la circulaire B-2365 une fois par an, à l’occasion d’une soirée trop arrosée.

Sauf que les deux sont indissociables. Et que c’est un paradoxe quasiment insupportable.

Notre rapport humain, notre envie et la qualité de ce que nous transmettons est directement lié à ce que des personnes en tailleurs et costumes ont rédigé dans des circulaires.

Je le rappelle à l’envi : nous ne sommes pas des missionnaires. Et bien sûr que Millich a besoin d’être accompagné, épaulé. Que je dois comprendre les raisons derrière sa déconcentration chronique, son insolence et son refus de travailler. Bien entendu que je dois suivre d’un œil attentif l’amélioration d’absentéisme de Lorna.

Mais je ne pourrai pas le faire, je ne peux pas accomplir correctement les missions qui sont les miennes – et qui, entre tirets, s’accumulent un peu plus chaque année – dans les conditions actuelles. Et c’est là la perversité du système, la faille dans laquelle s’engouffrent tous ceux qui souhaiteraient voir les enseignants en bons petits soldats du système : “Pensez aux enfants.”

Ne faites pas grève, est-ce que vous vous rendez compte de ce que vos élèves ratent comme cours, nous manquons de surveillants, déconsidérés et sous-payés, de psychologues de l’éducation nationale, que nous ne recrutons plus, alors s’il vous plaît, assurez une partie de leur mission, les enfants en ont besoin. Accompagnez-les, accordez-leur du soutien, pour eux, pour eux, pour eux.

Nos élèves sont au centre de notre profession. Et depuis longtemps, notre hiérarchie l’a compris et l’utilise comme une arme, et un moyen de pression. Ironie sublime : ces citoyens en devenir qu’on nous demande de considérer comme tels, d’estimer, sont employés comme une masse indiscriminée, quand il s’agit de culpabiliser les adultes qui s’en occupent. “Vous pensez aux vacances et pas “aux élèves”“. “Si “les élèves” étaient importants pour vous, vous ne seriez pas crispés sur vos privilèges.”

Nous passons notre temps, enseignants, CPE, AED, psy et tous les autres, à aller à la rencontre des élèves. Nous essayons de distinguer leurs traits, leurs envies et leurs faiblesses, de façon à leur donner les outils dont ils ont besoin, de façon à les aider à trouver leur étincelle.

Pour que, trop souvent, des réformes comptables, des lois stériles et des discours politiciens brouillent leurs visages.

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