
C’est actuellement l’un des plus gros soucis au collège Ylisse : la gestion des couloirs. Entre une vie scolaire totalement débordée – merci aux suppressions de postes d’AED-surveillants de plus en plus nombreuses – des élèves qui ont un peu de mal à comprendre que le règlement intérieur n’est pas qu’un ensemble de suggestions qu’ils suivent quand ils en ont envie, et des profs un brin sous tension du fait de l’ambiance bien électrique de ces derniers mois (tension, électrique, ahah, suis-je drôle), on peut dire que lesdits couloirs ont un peu été laissés à l’abandon.
Et que du coup, c’est un peu l’anarchie.
Un collège, c’est avant tout un ensemble d’espaces. Et quand la géographie en est floue, le chaos s’y installe aussi prestement qu’un responsable de gouvernement dans une candidature de municipales.
Du coup, ces derniers temps, les derniers cours ont été émaillés d’incident rigolos, tels que des mômes s’amusant à ouvrir des portes à la volée pendant que tu fais ton cours avant de se barrer à toute jambes en rigolant, d’autres transformant l’espace entre les salles de sciences et de français en club officieux de MMA, quand on n’a pas le droit au grand classique des gamins qui fond des grimaces par les hublots de portes de salles et qui, confrontés, te répondront benoîtement “Bah on est chez nous, on a le droit de regarder ce qui se passe !”
On est chez nous.
C’est bien là tout le problème : l’espace du collège est infiniment complexe. Et dans ce bahut, où nous sommes tout à la fois enseignants, confidents, conseillers d’orientations, assistants sociaux, mamans et papas de substitution pour une heure, pères fouettards et mères Noël, les élèves ne s’y retrouvent pas toujours. Et en profitent, ce sont des collégiens, après tout. Pas étonnant, alors, qu’on les retrouve à zoner dans les couloirs.
“En vrai monsieur, s’il y avait des beaux endroits avec des chaises pour s’asseoir et des tables et tout, on pourrait aller là, quand la perm’ elle est pleine ou qu’il n’y a pas de surveillants.”
Je me tourne vers Katrina, qui a relevé le nez de sa copie.
“C’est un peu dur de vous croire quand on se rappelle que vous avez saccagé les décorations de Noël qu’on avait mis dans le hall le mois dernier.
– Ouais c’est vrai… Quand y a des trucs beaux, ça donne envie de faire n’importe quoi, aussi. C’est pas facile en vrai.”
En vrai non.