
Première fin de semaine. Alors que je remercie une élève pour son sérieux, tandis qu’elle me rend en avance un devoir sur casier numérique, elle me répond par deux mots :
“C’est normal.”
Normal.
J’aurais choisi n’importe quel autre mot, pour décrire la semaine qui vient de s’écouler : stressante, incroyable, inimaginable, libellule (oui, même libellule). Mais pas ce mot qu’utilisent les élèves. Normal.
Je choisis, ce soir, d’y voir une forme de résilience. De sagesse, peut-être, de cette génération future. Trois quarts de mes élèves sont confinés dans de petits appartements avec des familles souvent nombreuses. La surveillance policière, d’après ce qu’ils me disent et que j’entends, parfois, depuis chez eux, technologie éducative et un peu espionne, est intense.
Et peu se plaignent. Peu resquillent. C’est normal. Ils s’adaptent, se lavent les mains et attendent des jours meilleurs, en tissant leurs pétales de nos instructions à distance.
Ma vanité, aussi, y voit une minuscule victoire. Des adultes ont réussi à bâtir quelque chose qui préserve un peu ces enfants.