Samedi 21 mars

Hier, durant une de ces sessions de classe virtuelles, à laquelle assistent désormais presque tous mes élèves, je me suis retrouvé à demander à certains élèves, de façon presque pressante, de participer.

“Allez, s’il vous plaît, vos voix me manquent.”

Je l’ai dit en rigolant. Mais rien ne pourrait être plus vrai. C’est quelque chose de précis, de subtil, auquel je ne m’attendais pas : dans leur absence, c’est le silence qui est le plus perturbant. Ou plutôt le néant d’inflexions ; à tel point que mon cerveau reconstitue les intonations des uns et des autres quand ils m’écrivent, en direct surtout, où leurs automatismes ressortent souvent.

Inversement, certains voix s’affirment. Comme celle de Gabocha, qui ne parle jamais, en classe, à plus de six décibels : le texte lui permet, lors des cours en ligne, de se faire entendre tout autant que les autres. Parfois plus, au vu de son orthographe largement lissée par le correcteur orthographique. Pour lui, l’absence de son est une grande égalisatrice.

J’en viens à me demander à quoi ressemblera l’après. Si, comme je l’appelle de tous mes vœux, je dois encore être le prof de ces élèves plusieurs semaines après la cancoillotte (oui, je remplace confinement par cancoillotte désormais, vous êtes prévenus), nos relations auront-elles changées ou seront-elles redevenues exactement les mêmes après deux heures de cours et une récréation ?

En attendant, dans le grand silence, j’invoque des fantômes de voix.

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