
Plus encore qu’à l’accoutumée, le fait de donner cours aux élèves de façon indirecte, et durant cette Apocalypse molle, montre à quel point les mômes sont bombardés de fake news, quasi en permanence. En une semaine, mes collègues et moi avons débunké :
– Le fait que les vacances scolaires allaient être supprimées toute l’année prochaine (je vous raconte pas l’affolement général).
– Le fait “qu’ils avaient sorti un nouveau virus plus dangereux.” (sic)
– La certitude qu’une brigade de “cracheurs” errait dans la rue pour postillonner sur les passants et donc les contaminer.
– Le grand classique : en fait y a pas de virus, tout ça n’est qu’une conspiration des chinois.
Et j’en passe…
Dissoudre une fausse nouvelle n’est jamais simple. Non seulement parce qu’on n’est, actuellement, qu’une voix derrière un écran, mais aussi parce qu’elles sont souvent, pour les élèves, infiniment plus intéressantes que la réalité : nous sommes face à un bête organisme biologique, nous devons attendre et laisser les experts bosser, les adultes n’en savent pas beaucoup plus que vous.
Les techniques habituelles fonctionnent finalement assez bien, entre les pousser à s’interroger sur la source de l’info ou pousser la logique du scénario dans ses retranchements (énorme hommage au passage aux profs documentalistes, d’EMC et aux CPE qui sont en première ligne pour cultiver l’esprit critique chez les collégiens), mais il y a toujours cette résistance qui subsiste.
Parce que :
“En fait, à chaque fois vous nous dites c’est faux, mais en fait, vous nous dites que les choses, elles sont ennuyantes en fait.
– Ennuyeuses. Mais oui. Souvent, la réalité est beaucoup plus banale qu’on le croit.
– Déjà qu’on s’ennuie, en ce moment…”