Vendredi 29 mai

“Monsieur, on fait quoi aujourd’hui ?”

J’ai la tête qui fume. En cause, un mail reçu hier dans la soirée, demandant aux profs d’organiser la rentrée des élèves qui a lieu… dans quatre jours. Contacter nos collègues à distance, s’inscrire dans des tableaux, croiser les heures, recevoir un contre-ordre, tout recommencer, recevoir un contre-contre-ordre, tout rerecommencer…

J’ai préparé un cours d’analyse de texte un peu costaud – l’intégralité des 3e Glee venant à chaque fois à leurs cours de français, c’est jouable – et je ne me sens pas le leur infliger. Ni moi-même de m’infliger ça.

“On parle. J’ai besoin de savoir ce que vous avez compris de la fin d’“Inconnu à cette adresse.”“

Je démarre l’activité qu’on me présente comme l’Antéchrist depuis l’IUFM : le cours dialogué (”qui est un cours magistral déguisé !” nous prévenait la formatrice, limite en agitant un crucifix). Nous nous asseyons et, tour à tour, ils prennent la parole. Un grand corps de mots dégingandés : la vengeance de Max, la lâcheté de Martin, les vêtements de Griselle (”elle se mettait toute nue ? J’ai compris ça, moi…”), le nazisme… Rien n’est plus structuré. Après avoir passé deux mois à leur fournir un cadre précis, je les laisse explorer le texte sans la moindre contrainte. Tout en constatant qu’ils se se sont appropriés des outils dont ils s’entraînent à l’emploi depuis des mois. Argument, contre-exemple, gestion de la parole, implicite…

“Comment on va loin, avec nos interprétations !” rigole Aylee après près de trente minutes à débattre.

“C’est vrai ; ça fait du bien.”

La phrase m’a échappé, entre les fumerolles de la journée et le début du week-end.

“C’est ce que vous faites dans les études de français, non ? relève Benvolio. Aller le plus loin possible dans les textes ?
– En partie, oui.
– Et ça vous manque pas ?
– Maintenant, je peux le transmettre. Comme vous voyez.
– Et ça, ça vous plaît.
– Voilà ; ça me plaît.”

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