Mercredi 14 octobre

Ces derniers jours, j’ai consacré énormément de temps à Oleg. Oleg, le sixième plus grand que moi, Oleg incapable de gérer ses frustrations, Oleg aux colères explosives, Oleg dont, manque de moyens humains et économiques, on ne s’occupe pas de la façon préconisée par les médecins.

J’ai donc passé beaucoup de temps avec lui. Il m’a montré, pendant les récréations, ses dessins. M’a raconté l’histoire perpétuelle qu’il se narre quand on ne lui demande pas d’être attentif : l’histoire d’un prince loup-garou exilé, cherchant à retrouver son trône, frère de sang avec des dragons.

Et bien entendu, la magie de l’affect a fonctionné ; à tel point qu’il a insisté, lors du dernier devoir, à faire à la fois l’évaluation aménagée pour lui et l’évaluation de la majorité des élèves. Il a couvert de son écriture quasi-illisible deux pages et j’y ai déchiffré des réponses presque toutes exactes, au-delà de la graphie.

Ce genre de victoire a toujours un goût étrange. Oleg est désormais heureux de venir en cours. Mais ce bonheur tient quasi-exclusivement au lien affectif que nous avons tracé “Vous savez le français je m’en branle professeur.” (il ne dit jamais “monsieur”) fait-il très gentiment avant de quitter la classe. Et je connais, pour l’avoir éprouvé dans mon bahut précédent, la texture fuyante de ce lien.

Mais l’Éducation Nationale ne permet pas mieux. Alors il faudra faire avec. L’affect, les colères et les loups-garous.

Laisser un commentaire