
Dernière grosse journée avant les vacances. Les aléas de l’emploi du temps de la collègue que je remplace font que je n’aurai que deux heures de cours demain.
Et comme tous les ans, ces presque vacances de la Toussaint marquent le moment où je distribue les copies sans avoir à demander aux élèves de lever la main. Avec ou sans masque, la mémoire s’adapte.
Comme tous les ans, même sans y prêter attention, je pars aux mêmes horaires, beaucoup trop tôt, et j’effectue les mêmes gestes. Le thé, les caresses aux lapins, le départ, le retour parce que j’ai oublié les clés, la matinale à la radio…
Comme tous les ans, je me fais ma première relation amicale. Pas de bol, O., le collègue de maths, était remplaçant au collège Nohr jusqu’à ce soir…
Comme tous les ans, je regarde mes premiers motifs de bonheur : les progrès d’élèves qui se dévalorisaient totalement au début de l’année, des cours qui tiennent la route, une fatigue qui me tabasse moins au quotidien.
Comme tous les ans, je fronce les sourcils devant les orages au loin : ma propension à ne pas m’organiser suffisamment à l’avance, le boulot immense que me demande une position de prof principal que je lâcherai dans 5 mois, la très forte probabilité que mon errance de bahut en bahut dure…
Comme tous les ans, je traîne mes chimères et mes démons. Je vis un boulot dur et passionnant. Et je continue à apprendre ce que c’est qu’être prof.