
Tanya a passé l’heure de vie de classe à faire des bruits de bouche, malgré mes diverses remontrances. Tanya, au cours d’avant, a fait des doigts à Selma jusqu’à ce qu’elle le prévienne qu’elle allait lui en coller une. Tanya, quand je lui fais des remontrances, fixe le lointain d’un air absent en jouant avec ses ongles noirs. Tanya ne travaille pas, Tanya tente régulièrement de s’enfuir du collège. Tanya insulte ses camarades et pleure très fort quand on la sanctionne.
Tanya se fait engueuler par sa famille, mais rien ne change jamais beaucoup.
Bien sûr qu’on en a le cœur fendu. Bien sûr que Monsieur Samovar, le bon prof, le gentil paladin, essaye de l’aider, d’aménager son emploi du temps…
“Tu savais que lorsque tu lui a permis d’aller aux toilettes pendant qu’elle stressait, elle est allée insulter des élèves en permanence ?”
Parler avec Tanya, c’est compliqué.
“Je veux pas être à l’école.
– C’est important. Vous apprendrez des choses pour plus t…
– Je veux pas. Je veux rester à la maison avec mon papa et ma maman.
– Tout le temps ?
– Oui tout le temps ! Je veux rien faire moi !”
Voix pleurnicharde et discours qui revient en permanence. Tanya exaspère tout le monde, se présente auprès des adultes comme des enfants comme la figure haïssable, celle qu’on ne supporte pas, et qui ne nous donne absolument pas envie de l’aider.
Tanya est haïssable. Mais toute petite. Et la voir partir au collège, dans la vie, de cette façon me fait extrêmement peur. Je m’efforce de trouver, malgré moi, une clé pour la comprendre.
Souvent je dis à mes élèves que c’est ça, être adulte. Réussir à passer par-dessus ce qui nous exaspère. Ne pas donner ce grand coup de pied rageur.
Ce que je ne leur dis pas, c’est à quel point c’est une lutte permanente, d’être adulte.