
Très joli compliment de la part de Kenneth ce soir. Du moins je choisis de le prendre ainsi. C’est une heure de préparation du conseil de classe, et je leur ai demandé de quoi, à leur avis, ils ont besoin pour réussir cette année. Le consensus semble se diriger vers des professeurs sévères. Rien d’étonnant, c’est ce que réclament la plupart des élèves, quel que soit leur niveau ou leur origine sociale.
“Ah oui, sévère comme Mme C. ! Ou M. L.
– Moi j’aime bien comme vous êtes, monsieur, intervient Kenneth, une fois les débats un peu apaisés. Parce qu’on ne sait jamais où vous attendre.”
Je lève les yeux vers lui.
“Comment ça ?
– Ben, l’autre jour, on a dit un mot de travers et vous étiez très en colère et vous nous avez dit qu’il faut faire très attention aux mots. Tandis que là, notre salle de classe elle était toute sale, les profs ils nous ont dit que vous alliez nous grondé.
– Et qu’ai-je fait ?
– Vous nous avez parlé des élèves japonais qui nettoient leurs classes.
– C’est une bonne idée ?
– Oui. (Les quatre préposés au nettoyage de la semaine, nommés un quart d’heure plus tôt hochent vigoureusement la tête). Mais… enfin on doit toujours réfléchir à des choses auxquelles on pense pas, d’habitude. Et d’autres trucs, vous les laissez passer. Des fois on sait pas trop comment se comporter.”
Je déglutis, gorge sèche.
“Et puis d’autres fois c’est bien, parce qu’on devient plus intelligents aussi, si on réfléchit à des trucs nouveaux.”