
J’ignore si c’est un effet du confinement, un hasard de mes flux d’information divers ou juste quelque chose que je remarque : énormément de collègues, jeunes et moins jeunes, font part en ce moment de cette impression de “manque de légitimité” face aux élèves : qui sommes-nous, êtres faillibles et subjectifs, pour enseigner à des mômes ?
Cette interrogation, je l’ai entendue posée pour la première fois lors de mon troisième jour à ce que l’on appelait alors l’IUFM. Une collègue stagiaire expliquant à notre formatrice qu’elle vivait très mal le fait que ses premiers élèves soient des cobayes pour elle, grande débutante dans l’enseignement. La réponse de ladite formatrice avait été, à peu de chose près : “ça a toujours été comme ça.”
Bien sûr que cette réponse est absolument insatisfaisante. Mais, rétrospectivement, je pense aussi que c’est l’une des plus honnêtes possibles. Enseigner, c’est être mis en présence de ce que le terme “adulte” a de plus dérisoire (avec être parent, je suppose) : nous passons nos journées à nous présenter comme des êtres qui savent. Qui connaissent les mécanismes non seulement de leur matière, mais aussi des comportements humains. Quand bien même, et c’est de là que peut venir le vertige, nous nous débrouillons tous les jours. Avec les moyens du bord. Avec l’état émotionnel de nos élèves. Avec notre fatigue. Avec de nouveaux programmes.
Personne n’a de carte, pour paraphraser une comédie musicale gnangnan et incontournable actuelle. Notre légitimité ne peut, à mon sens, pas s’ancrer dans des certitudes dont nous savons qu’elles sont loin d’être inébranlables.
Alors sur quoi la faire reposer ? Peut-être, justement, sur ce constat. Nous n’avons pas la certitude que nous appliquons “la bonne méthode”, que nous avons “le bon comportement”. Mais, à mon sens, l’éthique la plus haute serait d’accepter cette incertitude et, malgré cela faire de son mieux. Insuffler dans nos cours nos convictions les plus profondes et savoir les remettre en question quand on sent que l’on s’égare.
Bien entendu, tout ceci est extrêmement abstrait et théorique. Et n’aide pas face à une classe qui vous motoculte la tronche dès le lundi matin, 8h30. Mais pour commencer, avoir des principes, ça aide. (et si jamais mes radotages intéressent des gens, on se posera et on réfléchira à nouveau comment gérer quand Priscilla insulte votre ascendance tout en mâchant ostensiblement six malabars goût fraise).
Ce que vous faites est bien.