Jeudi 25 février

Je l’ai écrit à de – trop – nombreuses reprises, j’ai cette année de nombreux élèves ayant des profils nécessitant d’adapter parfois radicalement ce qu’on leur enseigne. Au début de l’année, bon an mal an, les enseignants se sont adaptés, suivant des consignes quand nous en avions, ou, plus souvent, en improvisant devant l’absence d’informations précises.
Et assez rapidement, se pose la grande question : comment ne pas réduire un élève à sa particularité ? En sixième Canarticho, trois élèves sont aidés par une AESH. Ils sont donc tous les quatre assis à la même table. Cela forme une sorte de classe dans la classe. Et parfois, Oleg vient me voir pour me demander pourquoi son bureau à lui n’est pas disposé comme celui des autres. Livia aimerait savoir si, un jour, elle pourra être davantage devant.
Même souci à la distribution des évaluations. Même si j’ai expliqué que chacun travaillait des compétences précises bien que différentes, il arrive souvent que le terme “devoir pour les nuls” circule quand je distribue une évaluation aménagée.
C’est le délicat équilibre auquel je ne parviens pas encore : reconnaître la particularité d’un môme, sans le réduire à ladite particularité. Car nous sommes avant tout enseignants. L’apprentissage de la différence est essentiel, mais se fait sur le long terme. Et si l’équité parfaite existait, j’aménagerai également mes devoirs pour Wallid ou Eirika, qui terminent leurs évaluation en quinze minutes, avant de se replonger dans des pavés de six cent pages.
Nous sommes à un moment extrêmement frustrant et intéressant de l’histoire de l’enseignement : de plus en plus souvent, l’école tente de prendre en compte la diversité des élèves, tout en les préparant à la vie dans une société qui exige la maîtrise d’une norme, des bases d’un contrat identique pour tous. Et c’est cette tâche – une autre – éminemment complexe sur laquelle je me casse le nez actuellement.