Jeudi 1er avril

Quelle blague, cette période, quel privilège, ce qui m’arrive.
Réunion de crise au collège. Comment faire, comment faire pour maintenir le lien avec les mômes ? Les question sont les mêmes, peu ou prou, qu’il y a un an. Nous sommes juste mieux préparés, plus adeptes de la débrouille. Dossiers de photocopie, podcasts et classe en visio. Plus fatigués, aussi.
Quitter le collège sans le quitter. Deux classes et la section des latinistes en moins, mon service se trouve réduit à la portion congrue, en attendant une très probable affectation complémentaire. En attendant, je dis au revoir à la plupart de mes élèves. Il y a énormément de douceur, des cadeaux dans une telle disproportion que je ne sais plus ou me mettre. Tellement de gentillesse (et d’hyperglycémie.) Je m’en vais comme un prince alors que la situation se complique. Ma situation est, pour ce petit instant, infiniment plus confortable que celle de mes collègues.
Je perds dans cette journée une clé USB et des évaluations que je devrai rephotocopier en quatrième vitesse, sur une machine prise d’assaut, école à la maison oblige. J’ai toujours aimé les grands départs, accroc à la nostalgie. Je ne sais pas que penser de cet instant de frénésie. Le vent se lève, je ne distingue plus de tracé dans ce que j’appelle pompeusement ma carrière.
Miles m’a fait un dessin. “Tout ira bien.” me dit-il en me le tendant. Je suis du clan des Ushiwa, d’après la légende, lui des Uzumaki.
“Merci Miles, c’est gentil.
– Non, je veux dire tout ira bien pour moi.”
Il me tourne le dos, ses cheveux encore noirs de la bombe dont il s’est saupoudré les cheveux l’autre jour. Mon reflet sur le dessin a vachement plus de cheveux et de confiance que moi. Pour cet après-midi, je me dis que je peux être lui.