Samedi 3 avril

C’est étrange : à préparer ces drôles de cours à distance, j’en viens à m’imaginer comment c’est chez vous, les familles d’élèves. Il n’y a pas de voyeurisme, hein ! C’est juste que depuis l’année dernière, j’ai eu l’impression qu’il fallait apprendre à vous connaître différemment pour réussir à bosser, nous les profs.
On s’est souvent eu au téléphone. Vous m’avez expliqué : qu’Anita ne pouvait pas travailler parce que l’ordinateur était en panne et qu’elle regardait sur le smartphone de votre travail. Qu’il fallait partager l’écran entre les quatre frères et sœurs. Que la table de la cuisine était occupée par les oignons et que les cahiers devraient attendre. Qu’il était hors de question que vos enfants passent leur journée assis devant internet et que donc, il fallait absolument donner tout le travail en début de semaine.
J’ai eu accès à certaines pièces de vos appartements. Et je me suis dit que ça aussi, ça comptait énormément, dans leur façon d’apprendre. Je ne dis pas que le confinement est positif ; je ne dirai jamais cela. Mais il m’a donné l’occasion de réfléchir à une réalité que je ne visualisais pas vraiment, une réalité très solide, très petite, très irréductible.
Donc oui, le cours est sur Pronote. Mais comme on ne peut pas rester tout le temps devant l’écran chez Pol, il est aussi téléchargeable. Et je l’enverrai au bahut en version papier pour Leona. On est tous arrimés, comme en mars dernier, aux rafiots statiques que sont nos domiciles. Et il faut prendre en compte là où ça fuit et là où ça tangue. On signale dans le noir à des bateaux immobiles. Il n’y a plus de salles de classe pour un temps, on ne sait pas où sont les élèves. Alors il faut bouger encore plus dans tous les sens, en espérant que ça ne dure pas trop longtemps. En espérant qu’on aura tous la possibilité d’être courageux. En espérant tout court.