Mercredi 7 avril

L’un de mes derniers cours avec les sixièmes Brindibou, les élèves ont affiché au mur les fables qu’ils avaient écrites. Nous avons passé beaucoup de temps sur la rédaction, mais aussi sur la présentation. Je voulais vraiment qu’ils terminent cette activité par un travail soigné. Propre. Par un travail.

“Joli. C’est important que votre feuille soit jolie.”

C’est un mot qui me revient souvent en ce moment. R., ma prof de théâtre, l’utilise souvent. Et pourtant, elle est très loin du côté pervenche délicate. C’est un mot que j’aime beaucoup. Comme tout un tas de mots qui commencent à devenir un tout petit peu surannés, un tout petits peu naïfs. Remplacés par des termes plus volontaires, plus contemporains. “Propre” à la place de “joli” ou “bienveillant” à la place de “gentil”, un autre mot qui revient souvent.

“J’espère que vous serez gentil les uns avec les autres.”

Lyra se retourne. Elle est plus grande que les autres, elle a accroché son poème plus haut.

“Vous nous dites souvent ce mot, monsieur.
– C’est parce qu’il est important.
– Ça fait un peu mot de bébé, non ?”

Je ne leur ferai pas la moral le dernier jour. Mais c’est vrai qu’il y a des mots qu’on abandonne quand on grandit. Pour les retrouver beaucoup, beaucoup plus tard. Parfois un peu trop. Je me contente de sourire.

“Pensez-y, de temps en temps.”

Ils ont tous accroché leur feuille.

“C’est vrai que c’est joli, fait Maël, en souriant.”

Le cours se termine et c’est très doux. Doux. Encore un mot qu’ils oublieront. Et retrouveront, j’espère.

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