Jeudi 8 avril

Première classe virtuelle depuis le début du confinement-pas-confinement. Ou à tout le moins, ce pourrait l’être si, une fois de plus, les serveurs des plateformes dédiés aux cours en ligne (qui, je le soupçonne un peu plus chaque jour, sont composés de trois minitel et d’une dynamo à pédales) n’agonisaient pas.
Je me retrouve donc avec une poignée de sixièmes Canarticho tentant vaillamment de suivre leur cours de grammaire. Je m’aperçois également durant l’heure et demie que dure la session qu’une bonne partie des parents est à l’écoute, ce qui, je l’avoue, m’inhibe un brin. Mon humour étant resté bloqué en classe de cinquième, je suis toujours nerveux quand des grands m’écoutent.
Et s’en m’en rendre compte, je retrouve ce qui sont devenus des réflexes. Le fait de se pencher sur son écran, quand on explique. Les mouvements de mains. La voix, posée totalement différemment, les épaules qui se crispent, un peu trop, le jonglage avec plusieurs écrans simultanés. C’est laborieux. Il faut tout réinventer : l’espace, la façon de gérer les interventions, les explications. Au début, je me dis que je ne vais pas y arriver. Et puis les mômes se mettent à participer. Petite icône violette indiquant leur main levée. Ils ne me laissent pas seul. Ils suivent. Et rigolent quand Aylith explique qu’elle a mis du temps à répondre parce qu’elle a failli tomber de son lit.
“Monsieur, je suis désolée, je peux aller aux toilettes ?
– Sérieusement ? Même chez vous ? Même chez vous vous me faites le coup ?”
Ça rigole beaucoup. On reste plus de temps que prévu et on travaille beaucoup. Il n’est bien sûr pas question “d’avancer”. On prend le temps de réexpliquer. De briser la solitude des mômes face aux consignes. Et malgré le gris de l’écran, les grésillements techniques et tous les soucis, on passe un bon moment.
“Bonnes vacances, c’était trop bien de se voir à nouveau !”
Encore une fois, comme on peut, on tente de maintenir ce tissu effiloché qui s’appelle l’école.