Vendredi 30 avril

Réunion devant nos écrans, les profs se préparent à reprendre les cours. Comme les élèves, il y a ceux qui ont coupé micros et caméras pour pouvoir faire autre ch… multitasker, comme on dit, durant la visionconférence. Il y a celle qui se sent obliger de réagir à chaque annonce du principal, pour combler le vide dans lequel il parle. Il y a celui qui fait des blagues dans le chat, et celle qui règle les problèmes techniques des uns et des autres durant toute l’heure.

Pas d’aménagement du protocole ou presque. A quoi s’attendre d’autre. “On nous demande de faire au mieux.” conclut le principal, la voix un peu lasse. “Faites au mieux.” J’envisage de faire graver clandestinement cette devise sur le mur du ministère de l’Éducation Nationale. En fin de compte, c’est ce qu’on nous demande en permanence depuis plus d’un an. Faites en sorte que les élèves suivent, mais ne recourez pas trop à l’ordinateur. Ne perdez pas le contact, mais ne les submergez pas. On sait que les élèves les plus fragiles décrocheront, mais faites au mieux.

Un lecteur très en colère me reprochait, il y a peu, de continuer à faire tourner un système profondément cynique, qui repose sur les bonnes volonté – ou la lâcheté, suivant qu’on est fâché – des enseignants. J’ignore si ce système est cynique. A certains moments, j’ai envie, en effet, d’envoyer bouler une institution qui ne me semble pas mettre les moyens pour tenir sa jeunesse hors de l’eau. A d’autres, je culpabilise de ne pas faire ma part, je pense à Oleg qui doit être totalement paumé sans l’aide des adultes.

Faire au mieux… J’espère que lorsqu’ils quitteront l’école, nous aurons autre chose, quelque chose de plus beau, de plus noble, de plus lumineux à dire aux mômes. Que de faire au mieux.

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