Jeudi 24 juin : final de la saison 6

Nous y voici. Les deux dernières heures. Elles sont à l’image de cette année : des fragments.

Dans un coin de la salle, quelques groupes d’élèves terminent leur bande dessinée sur Le roman de Renart. Le fait que ce travail ne soit pas évalué ne semble absolument pas leur poser problème, et je ressens une sotte bouffée de fierté à la vision de mômes travaillant pour le plaisir.

A côté, Lise fait signer son cahier de français par ses copines. Je fais mine de ne pas le voir, jusqu’au moment où, avec le plus grand naturel, elle vient me demander de me prêter à l’exercice. “Je peux avoir votre autographe, monsieur ?”

Cette ambiance détendue se brise soudain. Paulo a éclaté en sanglots, en proie à une peur panique. Je prends un instant pour parler avec lui dans le couloir.
“Je demandais aux copains pourquoi vous aviez pas trop de cheveux et ils m’ont dit que ça arrivait comme ça. On peut rien faire. C’est affreux ! Si ça m’arrive ?”
J’ai l’impression de devoir calmer la même panique que lorsque, vers six ans, j’avais brutalement pris conscience de l’inexorabilité de la mort et que mes parents étaient arrivés à toutes jambes dans ma chambre. Un démon intérieur se tord de rire devant l’incongruité de la situation (et attend que je sorte le genre de trucs dont je suis capable et qui aggravera la situation), tandis que ma partie un brin plus éthique me souffle que cette panique, quelle que soit la cause, doit être traitée sérieusement. Me voilà donc à parler en termes prudents, de l’importance de profiter du moment, d’Epicure et de Nietzche. Je ne pensais pas faire mes aux revoir à ce gamin, définitivement surprenant, ainsi.

Louis est debout devant un petit parterre de ses camarades ; il leur relit quelques pages de Bilbo le Hobbit. “Il y avait des moments tellement biens, on voulait en reparler. D’ailleurs vous avez vu les nains du film, monsieur ? Ils sont TROP LAIDS ! Ils ont même pas de capuchon ou des barbes comme dans le livre ! Faut respecter, quand même !”
Et un débat sur les adaptations se lance, malgré mes objections.

Je quitte la sixième Canarticho (eux restent dans leur salle, protocole sanitaire oblige), tandis qu’ils écrivent des messages de bonnes vacances sur le tableau. Sous mon crâne, ça bouillonne encore. Il faudra plusieurs jours avant que je puisse tirer le bilan de ce que j’ai vécu : le déménagement, le fait de retrouver les fonctions de TZR. Le collège Nohr, paisible, planté dans sa campagne, et mes timides premiers pas au lycée. De nouveaux visages. Des rencontres importantes, essentielles. Et un avenir qui reste totalement impénétrable. Une de mes plus grandes craintes en quittant Paris était d’entrer dans le domaine des certitudes et de la routine. La crainte en question s’envole en me riant au nez, tandis que je mets un point final à cette saison.

Comme toujours, pendant la période d’été, Prof en Scène sera mis à jour au gré des envies, de l’actualité, ou du sens du vent. Merci mille fois de m’avoir accompagné, une année encore. D’avoir été là pendant ce saut dans le quasi-inconnu. Et d’une façon plus générale, merci de continuer à me suivre, ou d’avoir pris le train en route. Il y a un immense réconfort à se sentir entouré.

Prenez soin de vous. Et à très bientôt.

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