Mercredi 2 février

“Monsieur, vous serez encore là, après les vacances ?”
La question est revenue sept fois aujourd’hui (alors que oui, j’enseigne à quatre classes. Les cinquièmes n’écoutent notoirement pas les réponses qui ne leurs sont pas nommément adressées.)
“C’est probable oui.
– D’accord. Mais vous savez quand est-ce qu’il reviendra, notre vrai prof ?”
Il n’y a bien sûr aucune malice dans la question – pour six d’entre eux – mais ça fait toujours bizarre. Trois enseignants se sont succédés, je suis le quatrième à leur faire cours. Leur vrai prof, c’est celui qui s’est présenté en début d’année, et qui est parti la deuxième semaine. Ils prennent souvent de ses nouvelles. S’en inquiètent. Au début, j’ai un peu jalousé ce “vrai prof”. J’ai essayé de comprendre ce qu’il avait fait de tellement extraordinaire, parce que j’ai la maturité émotionnelle d’un môme de quatre ans.
Il n’avait rien fait. Il était juste le premier. Mais son départ, dans ce collège aux habitudes bien établies, a beaucoup déstabilisé les élèves. Encore, ils se sentent dépossédés.
“Monsieur, on en fera quoi, des exposés sur les personnages de la matière de Bretagne ?
– Vendredi, on les affiche tous pour décorer la salle.
– Ah ouais ! Comme ça ce sera notre salle à nous !”
Au moins.