Mardi 4 avril

“Monsieur, le cours il était amusant !”
Je ne m’offense pas de la remarque. Je pourrais répondre un truc du genre “Parce que d’habitude, mes cours sont ennuyeux ?” (probablement).
Aujourd’hui, volontairement, le cours de cinquième a été plus léger. Une heure autour de l’étymologie. D’abord pour aborder la question de l’analyse de mot au brevet, dans un long moment, ensuite parce qu’ils avaient besoin d’un cours doudou.
Les cinquièmes ne vont pas bien. Nous en avons parlé un peu plus tôt dans la matinée. Ils sont insupportables entre eux, et la plupart de leurs profs. J’ai la chance d’être épargné, absolument pas parce que je suis un bon enseignant – l’année dernière avec des cinquièmes, ce fut la cata – mais parce que cette mystérieuse magie des vases communicants, ils ont décidé qu’en français, ça irait.
Ça n’empêche que je m’inquiète pour eux. Alors pour une fois, je leur en parle à coeur ouvert : du fait que je ne veux pas qu’ils deviennent “la classe qui va mal”, mais que ce que je vois n’est pas sain. Les mômes poussés à bout qui éclatent en sanglot dans la cour. Les carnets de correspondance débordant d’observations. Les harceleurs devenant harcelés d’un jour à l’autre. On parle, beaucoup, bien entendu.
Et après il faut faire cours, parce qu’il y a deux heures. Et ce sera un cours plus doux, donc. Avec des mots d’autres langues dont on retrace les racines et les radicaux, la décomposition, préfixe radical suffixe. Un cours où je suis moins rigoureux, parce que la rigueur, en général, c’est aussi ce qui les aide tous à suivre.
Cette classe, ces mômes sont à recoudre.
Aujourd’hui, c’était avec du coton.