Vendredi 7 juillet

Je sors du collège d’Alrest. J’ai choisi de ne pas être accompagné, c’est mieux, parfois, les sorties discrètes.
Il y a des mômes, pas bien grand, qui jouent devant la grille, sur le béton gourd de chaleurs.
“Vous travaillez là, monsieur ?
– … Non.
– Nous, on sera là l’année prochaine.”
J’ouvre la porte d’une main et glisse sur le siège du passager un carton dont j’ai surestimé la taille. Il traîne dedans deux trois manuels, quelques porte-vues vides, et une tasse “Monsieur Heureux” que m’a offert C. Une élève avait accidentellement cassé la mienne quelques semaines plus tôt, ça avait été un sacré drame.
La portière claque, et, chose que je fais trois fois par ans, je lance une playlist de quand j’avais l’âge de rouler vitre ouverte, musique assez fort. Les Cardigans retentissent dans l’habitacle.
Et c’est comme un millier de particules qui s’élèvent brusquement dans ma mémoire. Sur chacune d’entre elles une image, un son, une émotion. L’arrivée au bahut, les caméra qui interviewaient ce pauvre C., qui n’avait rien demandé. Les longs trajets, les rires et les larmes des mômes. Ils ont beaucoup ri et pleuré, plus qu’ailleurs. Le voyage à Erquy, les longues randonnées, les fous-rires nocturnes. L’atelier théâtre et l’atelier passé simple. Les sixièmes choupinets, les cinquièmes paumés, les quatrièmes du cœur. Tous les visages des collègues, et leur voix.
S’accorder le luxe de laisser la nostalgie planer.
Ça n’est pas que mes fins d’années ressemblent à un film, c’est que je décide qu’elles vont ressembler à un film.
Tout ce temps, toute cette énergie vitale lancés au vent.
Et tu en retires quoi, en cette fin d’aventure ? Tu en retires quoi, Docteur pédagogique en attente de sa prochaine régénération, des efforts et des moments vécus à l’autre bout de la Bretagne, et qui, déjà, deviennent des souvenirs ?
Ce que j’en retire ? Comme tous les ans.
Des étoiles.
Des étoiles et ma vie.