
L’autre jour, les sixièmes Feunard lisent un monologue de Cassandre dans leur version jeunesse de l’Iliade. Malaise palpable. La prophétesse parle de l’incendie qui ravagera de Troie, de la mort d’Hector, de l’enlèvement d’Andromaque.
Cette classe, plutôt sympathique, me regarde avec une incompréhension douloureuse. J’ignore pourquoi, mais j’ai l’impression que ce passage a trahi l’intérêt qu’ils portent au texte. Une voix, celle d’Amina, s’élève :
« Ça veut dire que tout le monde va mourir ?
– Oui. On l’avait vu quand je vous ai raconté l’Iliade dans son ensemble.
– Oui, mais c’est triste.
– C’est un genre de texte qui existe depuis très longtemps. Quand on sait que les héros sont condamnés, on appelle cela la tragédie. »
J’ai moi-même du mal à y croire, mais je vois une vague de soulagement passer dans leurs yeux. Les cauchemars éveillés de Cassandre ont un nom, ils ne sont pas seuls à se rendre compte que c’est horrible.
« Il y a quoi, par exemple, comme histoires ? »
Et comme j’égrène les malheurs de nombreux êtres de fiction, je me retrouve conforté dans l’une de mes rares certitudes d’enseignant : si nous sommes là, c’est pour leur donner les mots.