Jeudi 12 décembre

Trois élèves et deux adultes. Le jeudi matin, c’est le jour des élèves de M. Deux heures pour s’occuper exclusivement d’eux. Parce que si Luna, Noem et Gheb assistent aux cours, ils ne font que les traverser. Ce sont trois élèves aux profils totalement différent. Qui devraient bénéficier de prises en charges et d’inclusions bien plus complexes que ce que nous pouvons leur offrir au collège de Renais, à savoir un adulte présent avec eux durant la moitié de leur emploi du temps.

Alors, deux heures par semaine, nous tentons, M. et moi, de nous occuper d’eux. De patouiller, avec nos moyens, notre expérience empirique, et ce que nous lisons dans diverses documentation. Leur apprendre à lire et écrire, au moins leurs noms de famille. Travailler sur leur concentration. Parvenir à les faire parler. Découvrir, en fin de compte, qui ils sont. Depuis que Gheb a réussi à me dire qu’il vivait mal son statut d’élève handicapé, il parle beaucoup plus. D’une phrase par mois, c’est désormais plusieurs fois qu’il me parle à chaque cours. Je lui donne exactement le même travail qu’aux autres élèves de la classe, et l’aide mine de rien. Et le jeudi, on bosse un peu en cachette sur son apprentissage du français.

Avec Luna, on écrit un livre. Enfin, elle me donne les idées, et j’écris les trois quarts. Parce que la graphie, pour elle, reste un Everest. La graphie et la concentration. Il faut bosser en pointillés, quelques minutes d’effort, quelques minutes de dialogue.

Pour Noem, c’est plus compliqué. Il est capable d’être totalement absorbé par une tâche, puis de décompenser, se levant brutalement, se mettant à crier, insulter, ou provoquant tous ceux qui l’entourent. Surtout Luna, qui ne peut pas prendre de recul.

Deux heures par semaine à essayer de donner du sens à la présence de ces trois petits êtres dans l’école. De recharger leurs batteries pour qu’ils tiennent en cours. Avec les dizaines de supports qu’on leur bricole. On ressort régulièrement de ces sessions dans des éclats de rire nerveux, avec M. « Hey, en vrai ça c’est bien passé, aujourd’hui. » rigole-t-il. En effet. Ils ont bossé pendant une heure et quart, et Noem se coinçant les doigts dans mon armoire a été le seul débordement à déplorer. Bon bilan.

Mais sérieusement. Dans l’absolu. Que fait-on ? On leur apprend. On essaye de passer des moments pas trop compliqués. Est-ce que ça suffit ? Est-ce que c’est utile ? Il faut juste souhaiter que oui.

Une réflexion sur “Jeudi 12 décembre

  1. ma fille est en service civique en école

    Ma mère a été institutrice toute sa vie professionnelle.

    dans l’école de ma fille il y a une classe Ulis. C’est une parenthèse qui permet aux élèves qui sont débordés par un enseignement standardisé de faire une pause et de se retrouver.

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