Mercredi 10 décembre

J’ai rarement autant réfléchi à mon boulot que depuis que je suis en arrêt. Rien que de très logique, au fond. Sur ce banc de touche, sur lequel je suis allé m’asseoir, je peux prendre le temps d’observer les faces et les arrêtes de ce qui m’occupe depuis toutes ces années. La façon dont je m’y place également. C’est peut-être ça, aussi, qui m’a tellement épuisé au fil du temps : je prends, dans mes cours, beaucoup de place.

J’ai un rapport très ambigu par rapport au fait qu’un cours doive être « intéressant ». Je vitupère souvent quant au fait que nous ne sommes ni des comédiens, ni des animateurs. Être enseignant, c’est se tenir dans une posture à part. C’est donner du sens aux savoirs présentés aux élèves, tout en conservant leur intégrité. Et parfois, oui, cela passe par des moments de résistance, de rigueur, d’ennui. À nous de tracer la frontière : jusqu’où pousser les élèves à faire des efforts, jusqu’où mettre à leur portée ce que nous enseignons ?

Je vis très mal le fait de voir les mômes peiner. Que ce soit le désintérêt ou la difficulté. Je les prends sans cesse comme des échecs personnels. Et je deviens rapidement ce personnage exubérant, afin de recréer une émulation, un mouvement dans la classe.
Un mouvement.
Toujours en mouvement. Des élèves m’en font parfois la réflexion « Monsieur, vous bougez toooooout le temps ! C’est fatigant en, vrai ! » Comme si je fuyais quelque chose. Comme si je craignais l’immobilité. Se poser, c’est arrêter de lutter, c’est s’encroûter, c’est devenir le prof aigri, revenu de tout.
Mais peut-être pas, en fait.

Alors que je contemple, sur mon banc, ce personnage virevoltant, je me dis que ce temps donné me permettra peut-être de commencer ce chemin : apprivoiser le calme.

Une réflexion sur “Mercredi 10 décembre

  1. Très beau texte qui me parle. Je vous comprends tellement. Essayez de continuer de distiller votre énergie pour ne pas vous perdre . Prenez bien soin de vous .

Répondre à Anonyme Annuler la réponse.