
Je ressors d’une nouvelle session où je suis allé donner un coup de main à une lycéenne, angoissée pour les épreuves de français. Toute vanité bue, je pense avoir fait du bon boulot. Toute vanité bue, je remonte dans ma voiture un peu guéri.
En ce moment, pour tout un tas de raisons plus ou moins nébuleuses, j’ai la sensation que mon boulot me fait du bien. J’ai passé la quasi-totalité de mon existence à craindre de ne pas être apprécié. Et cette terreur m’a amené à tenter de m’adapter, quoi qu’il arrive. Dans ma vie privée comme dans cet emploi de prof. Et je suis capable aujourd’hui de faire découvrir le collège à des sixièmes, comme je peux, sans trembler, expliquer les relations entre Camille et Perdican.
J’ai bâti mon métier sur de la théorie, de la pratique, sur des conseils de collègues, et aussi d’élèves. En ce moment, j’apprends que je l’ai aussi construit sur mes faiblesses, celles que je n’arrivais pas même à nommer. Il existe là des canaux secrets.
Enseignant, soigne-toi.
Merci pour ce texte. On se construit en effet aussi sur ses faiblesses, et j’ai mis longtemps à comprendre que ce que j’admirais le plus chez des collègues ou amis étaient précisément des qualités bâties pour « composer avec » ce qui les angoissait et qui etait invisible de l’extérieur. (Qualité oratoires d’une grande timide ; pugnacitité d’une personne souffrant d’une maladie chronique; generosité a donner confiance en soi de quelqu’un qui avait été harcelée enfant). Ce constat m’avait beaucoup aidée à ce moment de ma vie et je suis contente de me le remémorer à cette lecture.
Je ne peux résister: enseignant, arrête de saigner.