Lundi 14 octobre

Journée formation à la réforme du collège, chapitre 2. J’en parlerai ailleurs.

Elle a lieu au lycée Criméa. Alors forcément, je croise des élèves de mon ancien bahut. Les garçons sont grands, droits et un peu barbus. Les filles ressemblent à des fées adolescentes et parlent en choisissant leurs mots avec un soin délicieux. Même C. qui, en 4ème, hurlait “je fais des pouets poueeeeeeeets !” en pliant frénétiquement des cocottes en papier. 

Je me renseigne sur leurs orientations. S, ES, S, ES, ES, ES, S. La Seconde ? Ça a été. Mêmes notes qu’en troisième ou presque. Ils ont souvent progressé en français. 

Je ne comprends pas.

Je ne pense pas avoir régressé. Je travaille davantage, plus efficacement, mes cours sont infiniment plus précis, rigoureux et vivants. 

Et pourtant à Ylisse.

À Ylisse, quand arrive le lycée, les résultats s’écroulent, les mômes peinent à s’accrocher. Un naufrage au sens littéral du terme, ils se tiennent comme ils peuvent aux esquifs qui dépassent. Et pourtant mes collègues. Des bêtes de travail.

Est-il si limité, notre pouvoir ? Suffit-il, pendant quatre ans, de poser un humain, n’importe lequel, devant une classe sociale donnée, et d’attendre que les choses se déroulent comme elles se sont toujours déroulées.

Je refuse d’accepter ça. Demain je reviens à Ylisse et je m’attaque à ce problème. J’ai encore au moins un an pour bosser dessus, le prendre, le retourner, le dépiauter. J’ai encore au moins un an pour comprendre, deux si Peter Capaldi ne fatigue pas. Au boulot.

Mais en attendant, sentir ce grand calme. Parce qu’au regard de ces élèves, s’est ajouté une sérénité un peu gauche. Ça va aller.

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